dimanche 1 avril 2018

impression de lune levante

"La lune qui, depuis une heure ou deux, s'était levée de derrière les montagnes d'Asie, commençait de poindre au-dessus de cette façade de Sultan-Fatih ; lentement elle se dégageait, montait toute ronde, toute en argent bleuâtre, et si libre, si aérienne, au-dessus de cette massive chose terrestre ; donnant si bien l'impression de son recul infini et de son isolement dans l'espace !... La clarté bleue gagnait de plus en plus partout ; elle inondait peu à peu les sages et pieux fumeurs (de narguilés), tandis que la place déserte demeurait dans l'ombre des grands murs sacrés. En même temps, cette lueur lunaire imprégnait une fraîche brume de soir, exhalée par la Marmara, qu'on n'avait pas remarquée plus tôt, tant elle était diaphane, mais qui devenait aussi du bleuâtre clair enveloppant tout, et qui donnait l'aspect vaporeux à cette muraille de mosquée, si lourde tout à l'heure. Et les deux minarets plantés dans le ciel semblaient transparents, perméables aux rayons de lune, donnaient le vertige à regarder, dans ce brouillard de lumière bleue, tant ils étaient agrandis, inconsistants et légers..."

Extrait des pages 226-227 du roman Les Désenchantées de Pierre Loti qui vient de paraître dans la collection Folio classique de chez Gallimard, avec une préface de Sophie Basch.
"Après une relative traversée du désert, car il n'a jamais complètement perdu la faveur du public, Loti semble avoir trouvé sa place dans l'histoire littéraire."
"Et si le véritable secret des Désenchantées résidait dans son écriture."
"En 1888, Henry James voyait en Loti la dernière recrue de la bande des peintres français. André Suarès confirma ce jugement des années plus tard, en déclarant qu'une page de Loti est une aquarelle qui chante.  Bien plus que Sisley, Claude Monet ou les Goncourt, Loti a été le grand impressionniste, parce que seul entre tous ceux-là il a eu de l'âme."

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