jeudi 6 août 2015

citations tirées des "Déracinés" de Maurice Barrès

L'affection d'un homme âgé pour un enfant, si touchante et que la nature même inspire, comporte les plus grands bénéfices.

Il y a dans cette règle morale ("Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle") un élément de stoïcisme, et aussi un élément de grand orgueil - car elle équivaut à dire que l'on peut connaître la règle applicable à tous les hommes - et puis encore un germe d'intolérance fanatique - car concevoir une règle commune à tous les hommes, c'est être fort tenté de les asservir pour leur bien - enfin il y a une méconnaissance totale des droits de l'individu, de tout ce que la vie comporte de varié, de peu analogue, de spontané dans mille directions diverses.

Un axiome favori de M. B. qui revient plusieurs fois :
"Quand on monte dans une barque, il faut savoir où se trouve le poisson."

Quand je voudrai des sermons, je lirai Bossuet et les autres.

Enfin, travers impardonnable, il met de l'esprit où l'on n'a qu'en faire : il n'y a que les sots pour avoir toujours de l'esprit... Ce ton boulevardier fut exactement la manière de Paris sous le Second Empire, d'où, en s'avilissant, il glissa dans les casinos.

Dans une patrie, il faut ce point fixe : une conscience, non pas immuable, mais qui s'analyse et qui évolue, en ne perdant ni la tradition, ni le sens de sa tradition.

À manier la matière électorale, on perd toute illusion ; on acquiert toute prudence...

Le mépris des individus a de l'allure, mais nulle fécondité : à l'usage, il ne vaut pas plus que la philosophie du doute subjectif.

Le problème se résume à trouver l'argent pour créer et nourrir sa clientèle [en politique], et c'est bien ainsi qu'il devait apparaître à un Portalis, infatué d'américanisme.

La page était noble parce que d'instinct, le jeune auteur pratiquait la grande règle de la compréhension - qu'il faut toujours dégager ce qui, dans une œuvre , dans un homme, est digne d'amour.

Un principe, quand on le fait admettre à quelqu'un sans l'accompagner des documents, des cas particuliers qui le justifient et le limitent, entraîne des conséquences variées suivant la constitution mentale de ceux qui l'interprètent et l'appliquent.

On ne détruit réellement que ce qu'on ne comprend pas.

Considérant qu'à Paris le pourboire, jadis de bon plaisir, est devenu une obligation envers les cochers de fiacre, il jugea équitable que le pot-de-vin, pourboire des classes supérieures, suivît la même évolution. [C'est évidemment une critique ironique de M. B.].

Je crois à l'utilité passagère des hommes-drapeaux, à la nécessité de reconnaître systématiquement et de créer, dans des périodes de désarroi moral du pays, un homme national... [propos de Sturel, boulangiste, qui, dans le roman, est le personnage qui exprime souvent les idées de M. B.].

Les parlementaires couraient au cadavre (celui de Victor Hugo), pour lui emprunter de l'importance.

Nos vaines prétentions sont une des parties les plus réelles de notre être.

Hugo gît désormais (au Panthéon) sur l'Ararat du classicisme national. Il exhausse ce refuge. Il devient un des éléments de la montagne sainte qui nous donnerait le salut, alors même que les parties basses de notre territoire ou de notre esprit seraient envahis par les Barbares. Appliquons-nous à considérer chaque jour la patrie dans les réserves de ses forces, et facilitons-lui de les déployer. Songeons que toute grandeur de la France est due à ces hommes qui sont ensevelis dans sa terre. Rendons-leur un culte qui nous augmentera.

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