Avec Maurice Barrès, je me souviens de Mistra
(visite en juillet 1963)
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" Après bien des saisons, je ramène ma pensée sur les heures éclatantes de ma visite à Mistra. De telles heures sont des fontaines qui me versent, à flots jaillissants, du plaisir et de la beauté...
C'est par un matin d'allégresse que je traversai la petite rivière Parori et commençai de gravir les pentes chargées de ruines. Le soleil chauffait les herbes violentes qui tapissent les décombres et tirait d'elles des parfums. Très vite les orangers devinrent rares, et, à mesure que s'effaçait le bruit du torrent, les zones de l'agréable verdure cédaient à celles de l'aridité. Nous marchions sur des dalles rompues, à travers des ruelles tortueuses, sous les poternes et les mâchicoulis. Des palais écussonnés et privés de toits, nul visage ne se penchait sur notre caravane.
J'entrai dans une petite église à coupole verte, exquise de paix ; il n'y avait pas un pouce de sa muraille qui ne fût couvert de fresques, pareilles à des soies fanées : je me rappelle un Christ, sur une ânesse blanche, qui pénètre dans une ville du moyen âge, et déjà la cène est prête sous un dôme byzantin...
Mistra s'effrite sans tristesse. Ses couvents, ses mosquées, ses églises latines et byzantines gardent un air familier délicieusement jeune. Au milieu de cette dévastation lumineuse, j'ai vu les plus noirs cyprès ; dans la cour de l'église métropolitaine, l'un d'eux valait une colonne de Phidias, tandis qu'à ses pieds un lilas embaumait."
Extraits du chapitre XX du Voyage de Sparte de Maurice Barrès.
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