jeudi 12 juin 2008

à propos des Goncourt



Une aquarelle de Jules de Goncourt (Paris 1830 - 1870) sera mise en vente à Versailles le 22 juin sous le marteau de Me Pillon.
Elle représente une rue animée à Mâcon (Saône-et-Loire). Elle a été réalisée en 1849 lors du voyage d'Edmond (né à Nancy en 1822) et de Jules, en France et en Algérie du 15 juillet au 17 décembre 1849.
" En remontant la rue qui débouche sur le pont de la Saône à Mâcon, vous trouvez à gauche une vieille maison en bois.
La maison est trouée de petites fenêtres carrées qui bâillent, étranglées pendant deux étages, entre des colonnes cannelées, striées, imbriquées, losangées, chacune d'un dessin différent de sa voisine. Sur les colonnettes s'appuient des frises peuplées de satyres et de femmes nues, celles-ci attaquant ceux-là à travers les guirlandes de fleurs en ronde-bosse, - naïve représentation mythologique, que les Mâconnaises ne peuvent regarder qu'en échappade."
Edmond et Jules de Goncourt, "Une revendeuse" dans Une voiture de masques, Christian Bourgois Editeur (collection 10/18), 1990, p. 136.
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Qui lit encore les frères Goncourt ? Ou qui n'a pas encore lu Manette Salomon des Goncourt ?
J'ai eu ma période Goncourt. A la fin des années 80, les premiers livres des Goncourt que j'ai lus étaient édités dans la collection 10/18 avec de courtes préfaces d'Hubert Juin : Germinie Lacerteux, Manette Salomon; et d'Edmond de Goncourt, La Fille Elisa suivi de La Faustin. J'étais tellement enthousiaste, que je suis allé emprunter à la bibliothèque municipale de Nancy Soeur Philomène des deux frères, et la remarquable thèse de Robert Ricatte, La Création romanesque chez les Goncourt. Puis, j'ai lu lors de parution Charles Demailly en 10/18, Renée Mauperin en collection GF, Madame Gervaisais en collection Folio classique.
Et j'ai relu Manette Salomon lorsque ce roman est reparu en 1996 en Folio classique; une édition exemplaire avec une magnifique et longue préface (plutôt une étude) de Michel Crouzet. Oui, comme l'exprime Michel Crouzet : "Manette Salomon chef-d'oeuvre des Goncourt et du roman au XIXe siècle".
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Quelques citations de la préface de Michel Crouzet :
" Un roman si hérétique qu'il n'a jamais été mis vraiment à sa place, la première."
"... et si Manette Salomon était une des grandes oeuvres romanesques dont le préjugé qui condamne les Goncourt nous prive absurdement ? "
" C'est le roman d'une aventure de l'esprit et de l'art."
" Si l'on était juste à l'égard des Goncourt on reconnaîtrait leur originalité dans l'histoire du roman qu'ils ont voulu plus que tout autre renouveler en le niant, en le décomposant au sens strict du mot, en faisant éclater tous les schémas narratifs. Manette Salomon est peut-être à ce point de vue leur chef-d'oeuvre. "
" Fidèles à l'art de la description esthétique d'un Gautier, les Goncourt ont organisé toute scène comme un tableau et tout tableau comme une scène réelle."
" ... les pages de Manette Salomon consacrées aux estampes (japonaises) sont l'un des premiers textes, en tout cas le plus brillant, consacré à l'apologie des artistes japonais."
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Je relis parfois le chapitre LXXIV de Manette Salomon : le peintre Coriolis se promenant dans la forêt de Fontainebleau. Une évocation de la forêt de Fontainebleau bien plus sentie que celle de Flaubert dans L'Education sentimentale. C'est après cette lecture que je suis allé à Barbizon pour visiter l'auberge du père Ganne et me promener dans la forêt.
Pages émouvantes sur la mort de Vermillon, le singe d'Anatole.
Deux reproches : la misogynie et l'antisémitisme des Goncourt. Rien n'est parfait...

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