vendredi 21 octobre 2011

pensées de Jules Renard tirées de son Journal

- La médecine n'a de certain que les espoirs trompeurs qu'elle nous donne.
- Rien ne dégoûte de la vie comme de feuilleter un dictionnaire de médecine.
- Il ne peut y avoir de critique sincère, dit Blum, que la critique anonyme.
- Je ne réponds pas d'avoir du goût, maïs j'ai le dégoût très sûr.
- Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe.
- Cheveux gris, poussière du temps.
- Ils laissent leurs femmes aller à la messe, comptant sur elles pour s'excuser quand le prêtre viendra à leur lit de mort.
- Quiconque voyage beaucoup ne retient pas.
- Il ne faut pas détruire, mais il faut attaquer souvent, pour que les gens se tiennent bien.
- Le projet est le brouillon de l'avenir. Parfois, il faut à l'avenir des centaines de brouillons.
- Le rideau du souvenir ne se tire que quand il veut.
- Un père a deux vies, la sienne, et celle de son fils.
- Les bêtises qu'entend dire un tableau de musée, mais les horreurs qu'entend peut-être un cadavre.
- La vérité n'est pas toujours l'art. L'art n'est pas toujours la vérité, mais la vérité et l'art ont des points de contact : je les cherche.
- Très admirateur de l'intelligence de Retz [Blum], il le trouve moins grand écrivain que Saint-Simon.
- La détestable émotion dont il faut surveiller les surprises. Elle profite des sommeils de notre ironie.
- Écrire, c'est presque toujours mentir.
- C'est une question de propreté : il faut changer d'avis comme de chemise.
- A cette jeune fille, je fais un petit discours sur l'innocuité des livres quand on est intelligent.
- La bonté ne mène jamais à la bêtise.
- L'ironie est un élément du bonheur.
- L'historien : pas de métaphores ! Des fiches.
- Il n'y a que les erreurs qui donnent du prix à la vérité.
- Il faut qu'une phrase soit si claire, qu'elle fasse plaisir au premier coup, et, pourtant, qu'on la relise à cause du plaisir qu'elle fait.
- Quand un homme ne parle que de ce qu'il sait, il a toujours l'air plus savant que vous.
- Nous nous connaissons mieux qu'il n'y paraît, et nous nous gardons de reprocher à autrui les défaits que nous sommes sûrs d'avoir.
- La raison du plus raisonnable est toujours la meilleure.
- La religion est l'excuse de leur pensée paresseuse. Vous leur donnez, de l'univers, une explication toute faite, bien médiocre. Ils se gardent d'en chercher une autre, d'abord parce qu'ils sont incapables de chercher, ensuite parce que ça leur est bien égal.
- Il n'y a rien de plus bassement pratique que la religion.
- Dieu, on s'en tire avec des métaphores plus ou moins divines.
- Que le troupeau de nos idées file droit devant cette grave bergère, la Raison.
- Le mystère du monde nous effare. Mais quel effarement pour la grive qui, sur sa branche, reçoit tout à coup du plomb dans la poitrine !
- Léda ? Ce n'est pas plus invraisemblable que la Vierge.
- La liberté de conscience, c'est de ne pas payer un curé quand on ne va pas à la messe.
- La patrie, c'est toutes les promenades qu'on peut faire à pied autour de son village.
- Du jour où j'ai connu le paysan, toute bucolique m'a paru un mensonge, même les miennes.
- Tout homme vaut mieux que ses façons de s'exprimer.
- Le féminisme, c'est de ne pas compter sur le Prince Charmant.
- La vie a un tel goût que je m'interdirais d'imaginer mieux que la vie.
- La femme est un roseau dépensant.
- Je sais enfin ce qui distingue l'homme de la bête : ce sont les ennuis d'argent.
- Le bons sens qui dispense de savoir.
- L'homme est un animal qui ne raisonne presque pas.
- Les défauts de nos morts se fanent, leurs qualités fleurissent, leurs vertus éclatent dans le jardin de notre souvenir.
- Libre-penseur. Penseur suffirait.
- Sans son amertume, la vie ne serait pas supportable.
- Si tu crains la solitude, n'essaie pas d'être juste.
- Il n'y a que le temps qui ne perde pas son temps.
- Il faut renoncer à tout ce qu'autrui ramasse trop facilement.
- Je ne lis presque plus les livres nouveaux. Je n'aime qu'à relire.
- Je goûte la joie âpre du splendide isolement.
- Si j'avais tout ce que je désire, j'aurais immédiatement l'impression que je n'ai rien.
- La vie est courte, mais l'ennui l'allonge.
- Ne comptez pas trop sur la société pour faire des réformes : réformez-vous vous-même.
- Dieu n'a pas mal réussi la nature, mais il a raté l'homme.
- Si ton ami boîte du pied droit, boîte du gauche, pour que votre amitié reste dans un équilibre harmonieux.
- La rêverie : le lierre de la pensée, qu'il étouffe.
- A quoi bon voyager ! Il y a de la nature, de la vie et de l'histoire partout.
- Rappelons-nous que ce monde n'a aucun sens.
- C'est drôle : les petits défauts de la jeunesse s'accentuent ou disparaissent avec l'âge.
- Parler en public. Il n'est pas nécessaire de penser à ce qu'on dit, mais il faut penser à ce qu'on dit : c'est plus difficile.
- Expérience : un cadeau utile qui ne sert à rien.
- On ne comprend pas plus la vie à quarante ans qu'à vingt, mais on le sait, et on l'avoue.
- Je suis fier d'être un héritier de Goncourt.
- Nous sommes trop pressés. Que dirions-nous du semeur qui voudrait voir tout de suite lever son blé ?
- Le goût mûrit aux dépens du bonheur.
- La parole fait tourner la girouette, l'action l'immobilise.
- La vérité désenchante toujours. L'art est là pour la falsifier.
- 10 décembre 1909. J'ai une maladie à observer en moi.

Jules Renard décède le 22 mai 1910, il a quarante-six ans. Il avait une forte artériosclérose.

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