dimanche 10 mai 2026

st Jean Népomucène dans "La Pleurante des rues de Prague" de Sylvie Germain


Saint Jean Népomucène du pont de Prague
© Ludek - Wikipédia


Saint Jean Népomucène
peinture de Jean Engel, sur une colonne de l'église Sainte-Ségolène de Metz 
(photo JLJ)

"Elle [la pleurante des rues de Prague] contemplait l'étoile double, céleste et aquatique, qui scintillait à des années-lumière aux confins du ciel et tremblotait à hauteur de son épaule droite. Se souvenait-elle de l'étoile miséricordieuse qui s'était levée des siècles plus tôt sur un village de Bohême à la naissance d'un petit garçon nommé Jean, lequel, lorsqu'il fut devenu homme, — homme de foi et de parole qui paya de sa vie son refus de parjure, fut jeté dans la Vltava [Moldau] par ordre de l'empereur ? Mais par un ordre plus mystérieux, cinq étoiles s'épanouirent sur l'eau, là où le corps de Jean Népomucène avait été noyé. Et par un ordre encore plus prodigieux, ce corps inhumé dans la cathédrale Saint-Guy entra au fil du temps en décomposition, — à l'exclusion de la langue qui, seule, demeura intacte, intouchée par la mort.
Pure et vivace à jamais, la langue du martyr, car vivifiée par la parole, par le sens et le respect de la parole, par la fidélité à la parole donnée. Langue miraculée et magnifiée de saint Jean Népomucène qui clamait, de par son inaltérable roseur, combien est grave et exigeante la parole, et que parler c'est engager à chaque fois son honneur et son âme.
L'étoile avait brillé, à sa naissance et à sa mort, par-dessus les toits du village de Nepomuk où il lança son cri de nouveau-né, au-dessus du fleuve encore sauvage dont les crues renversaient les ponts, et où l'homme fidèle rendit son dernier souffle.
Et son corps naufragé s'était couvert d'étoiles, — renoncules étincelantes, paroles de lumière flottant entre le ciel et l'eau."
Sylvie Germain, La Pleurante des rues de Prague, Folio Gallimard, 2022, p. 76-77.

L'histoire connaît un Jean de Pomuk ou de Nepomuk, né en 1340 près de Plzen (Pilsen) en Bohême, qui fut chanoine régulier de Saint-Augustin à la cathédrale Saint-Gui de Prague, puis vicaire général de l'archevêque. 
Le roi Venceslas auquel il avait courageusement reproché son impiété, le fit emprisonner et le brûla de sa propre main avec une torche en lui intimant l'ordre de garder le silence. Finalement, le 20 mai 1393, il le fit précipiter du haut du pont de Prague dans la Vltava (Moldau), pieds et poings liés, la bouche maintenue ouverte par une cheville de bois. Pendant la nui, une lueur mystérieuse brilla au-dessus du cadavre qui flottait sur l'eau. Ces faits furent certifiés dans un rapport envoyé par l'archevêque au pape Boniface II. 
Mais la légende d'après laquelle il aurait été martyrisé pour avoir refusé de violer le secret de la confession de la reine Jeanne [de Bohême] n'apparaît que vers le milieu du XVe siècle. Cette version tardive fut admise par le martyrologe romain et c'est au titre de martyr de la confession que Jean Népomucène fit béatifié en 1721. Sa canonisation fut prononcée par le pape Benoît XII en 1729. 
Son tombeau dans la cathédrale de Prague devint un lieu de pèlerinage. Les images de sa langue incorruptible servaient d'amulettes contre la calomnie
Une couronne ou un nimbe de cinq étoiles rappelle la lueur mystérieuse  qui brillait au-dessus de sa tête flottant sur l'eau de la Vltava et qui permit de retrouver son corps. 
Louis Réau, Iconographie des saints, tome II, Paris, Presses Universitaires de France, 1958, p. 728-730.

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