"Blaise-le-Laid élevait des abeilles. Là-bas on les appelait des mouches à miel et on désignait les ruches sous le nom de courtil des mouches. Ces ruches consistaient en des cloches de paille tressées avec des tiges de ronciers et de fines lames de branches de noisetiers que l'on plaçait sur un bloc de bois recouvert d'une chape en paille de seigle. À Noël on prélevait dans l'âtre un charbon de la bûche allumée pour la veillée et on le déposait dans les ruches pour porter bonheur aux abeilles, et aux Rameaux on rapportait de la messe la première branche de buis bénit que l'on piquait dans la chape de glui de chaque ruche. Mais tout comme sa grand-mère renchérissait sur les croyances colportées par les vieilles, Blaise-le-Laid renviait sur les coutumes du pays et chaque solennité célébrée en l'honneur du Seigneur, de la Vierge ou des Saints était pour lui occasion de cérémonie à fêter parmi ses abeilles."
Sylvie Germain, Jours de colère, Folio Gallimard, 2024, p. 103-104.
Glui : paille de seigle servant à couvrir les toits, à faire des liens.
Renvier : renchérir. Sylvie Germain n'a pas voulu écrire une seconde fois renchérissait ; elle a choisi un verbe désuet.

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