lundi 6 avril 2026

et revoilà Thérèse !


"Sur une chaise de fer appuyée à un réverbère, une femme était assise, le buste droit, la tête rejetée, la gorge blanche comme offerte au couteau. Elle [Thérèse] se croyait bien seule : son  attitude, ce soupir exhalé à longs intervalles, c 'était la créature au abois, quand aucun regard étranger ne l'oblige à sauver la face, à tenir le coup, la créature sans retouche, enfin, et telle que la douleur la façonne, la pétrit.
[...]
Elle s'arrêta au bord du trottoir, là où finissent les arbres.
- Vous voyez ce banc ? Nous nous y sommes assis en juillet dernier, un soir. C'est fini.
Elle se tut ; elle attendait d'être interrogée. Mais comme Alain ne trouvait aucune parole :
- Je ne sais pourquoi je me livre ainsi. Ce n'est pas dans ma nature... Vous m'avez fait du bien, ajouta-t-elle, et après l'avoir dévisagé :
- Puis-je vous donner ma carte ?
Elle fouilla son sac et ne découvrit pas ce qu'elle cherchait.
- Je vais vous dicter mon nom et mon adresse, à tout hasard : Thérèse Desqueyroux, 11 bis, quai d'Orléans. Vous l'oublierez ?
- Oh ! dit-il, c'est un nom de chez nous.
Alain, dans le taxi qui le ramenait, revoyait la figure de la femme sans lèvres, au nez court, figure usée, rongée, polie comme un caillou : toujours leur folie, la même folie, toujours la poursuite épuisante, toujours ces êtres qui se pourchassent [...]."
François Mauriac, Dans Ce qui était perdu, 1930.

Avec les deux romans Thérèse Desqueyroux (1927), La Fin de la nuit (1935), et les deux nouvelles Thérèse chez le docteur, Thérèse à l'hôtel (les deux nouvelles prépubliées dans Candide en 1933),  Thérèse Desqueyroux est encore évoquée très succinctement dans quatre pages du roman ci-dessus cité. Elle n'intervient pas dans le roman. Thérèse est pour Mauriac une véritable obsession. Il avait assisté en 1906 au procès de Henriette-Blanche Canaby, l'empoisonneuse à l'arsenic, le modèle de Thérèse.

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