dimanche 8 février 2026

la guerre

"Abel ne se sent pas concerné  par cette guerre qui a ravagé son pays d'origine et englouti son enfance dans un oubli total ; c'est un conflit parmi tant d'autres. Il a vite compris,  en étudiant la géographie et l'histoire, que la guerre est une passion congénitale de l'humanité, elle ne cesse jamais sur la terre, pas un  jour, pas une heure, elle se déplace, c'est tout, elle change de lieu, de forme, de prétextes, d'armement, de stratégie, d'intensité, de durée, de ceci de cela, mais le résultat est toujours pareil, des tombereaux de morts, des flopées d'infirmes, des hordes d'endeuillés, des ruines à profusion, du malheur à l'excès et de la haine à foison qui fermente longtemps après la fin des combats, bonne à se réinjecter dans un prochain conflit. C'est peut-être pourquoi le trou à pic de plus de dix ans qui crève sa mémoire à sa source ne le tourmente pas beaucoup, cela le délivre du poids de souvenirs terrifiants, lui épargne le lancinement de deuils inconsolables."
Sylvie Germain, À la table des hommes, Paris, Albin Michel, 2016, p. 197.

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