mardi 3 février 2026

la fantaisie dans "Le vent reprend ses tours" de Sylvie Germain

"S'il retrouve Gavril, il le sortira de l'établissement où il est interné, il l'emmènera avec lui, ils voyageront, ils irons là où le vieil homme en aura envie ; ils parleront, ils se raconteront toutes ces années perdues loin  de l'autre et rappelleront à leur mémoire celles du passé. Quatre-vingts ans, ce n'est pas si âgé, se rassure Nathan, l'affiche des « Disparus » ne signale aucune infirmité physique ni déficience mentale particulière. Et si Gavril ne veut pas voyager, ils s'installeront là où il le voudra,  et s'il ne veut pas parler, ils garderont le silence. Ou ils joueront de l'un des instruments à souffle qu'inventait Gavril — de l'olifantastique, du cor-et-à-cri, du picologatome, de la trompette-à-rimes, du saxhoquet, du tuyau-soupir, de la flûte-à-couacs ou du poèmophone... À force de passer en revue les noms des instruments , de ces instruments fantasques et de s'efforcer de les visualiser, Nathan finit par s'endormir."

"Les jours suivants, il [Nathan] avait cherché l'échassier [Gavril] dans le quartier en vain. Deux semaines plus tard, il l'avait revu, sa haute silhouette se dandinait sur une place devant la terrasse d'un café ; il jouait de l'olifantastique dont le son évoquait le ululement du hibou aussi bien que le chant plaintif d'une baleine."

Sylvie Germain, Le Vent reprend ses tours, Paris, Albin Michel, 2019, p. 19-20 et 25.

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