Charles IV (1604 - 1675), duc de Lorraine (1625-1675)
© Galerie des Offices, Florence
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"Je gardai beaucoup plus de mesures à l'égard de M. de Lorraine [Charles IV], quoiqu'il fût frère de Madame [Marguerite de Lorraine, duchesse d'Orléans], à laquelle j'étais très particulièrement attaché. Je me contentai de lui envoyer un gentilhomme et de l'assurer de mes services. Monsieur [Charles IV] souhaita que je le visse : en quoi il se trouva de la difficulté, parce que les ducs de Lorraine prétendent la main chez les cardinaux. Nous nous trouvâmes chez Madame, et, après dans la galerie, chez Monsieur [Gaston d'Orléans], où il n'y a point de rang, et où, de plus, quand il y en aurait eu, il ne se serait point trouvé d'embarras parce qu'il ne me disputait pas le pas en lieu tiers. Cette conférence ne se passa qu'en civilités et qu'en railleries, dans lesquelles il était inépuisable. Il lui vint, deux ou trois ... [jours] après, dans l'esprit une nouvelle envie de m'entretenir. Madame me commanda de le voir au noviciat des Jésuites. Je lui dis d'abord que j'étais très fâché que le cérémonial romain ne m'eût pas permis de lui rendre mes devoirs chez lui, comme je l'aurais souhaité ; et il me paya sur-le-champ en même monnaie, en me répondant qu'il était au désespoir que le cérémonial de l'Empire l'eût empêché de se rendre chez moi, ce qu'il eût souhaité. Il me demanda ensuite, sans aucun préalable, si son nez me paraissait propre à recevoir des chiquenaudes. Il pesta tout d'une suite contre l'Archiduc [Léopold-Guillaume, fils de l'empereur Ferdinand II, gouverneur des Pays-Bas], contre Monsieur et contre Madame, qui lui en faisaient recevoir douze ou quinze par jour, en l'obligeant de venir au secours de Monsieur le Prince [Louis II de Condé], qui lui détenait ses biens [en 1632, Charles IV avait été obligé de céder Stenay, Dun, Jametz et de vendre au roi de France le Clermontois qu'il donna à Louis II de Condé]. Il entra de là dans un détail de propositions et d'ouvertures, auxquelles je vous proteste que je n'entendis rien. Je crus que je ne pouvais mieux lui répondre que par des discours auxquels je vous assure qu'il n'entendit pas grand'chose. Il s'en est ressouvenu toute sa vie ; et lorsqu'il revint en Lorraine [en 1663], le premier compliment qu'il me fit faire par M. l'abbé de Saint-Mihiel, fut qu'il ne doutait pas que nous entendrions dorénavant l'un l'autre bien mieux que nous nous étions entendus à Paris au Noviciat."
- Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 679.
- Charles IV, dans Histoire de Lorraine, Nancy, Éditions Berger-Levrault, 1939, p. 380-398.
- Charles IV dans Georges Poull, Les Ducs de Lorraine de la Maison d'Anjou, p. 49-54.

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