Augustin
d’Hippone, saint Augustin pour les chrétiens, a vécu à l’époque angoissante où son
monde était en train de se défaire (Ve siècle). Après une existence
tumultueuse, il est mort dans sa ville assiégée par les Vandales.
L’analogie
s’impose entre son époque et la nôtre. Dans les deux cas, un empire très
civilisé, puissant et orgueilleux se voit investi et finalement démantelé par
des cultures plus frustes et moins avancées, qu’à son époque on appelait « barbares
». Dans les deux cas, l’empire en question est responsable de graves
manquements, parce que la puissance court toujours à la démesure et à la
violence. Dans les deux cas l’empire menacé manifeste une culpabilité, chrétienne
alors, aujourd’hui postchrétienne, vis-à-vis des envahisseurs qu’un mystérieux
complexe l’empêche de repousser efficacement. Dans les deux cas, la fin qui
approche laisse penser à quelque apocalypse, et il en est de toutes sortes. Les
temps sont noirs et incertains. L’esprit s’avance dans cette obscurité.
Mais
l’espérance est toujours neuve. Augustin, jeunesse chahuteuse, âme tourmentée,
cœur casanier détestant les voyages, ne redoutait pour lui-même qu’une chose : se
donner « une vie gonflée de vent ». C’est peut-être le sens de la vie qui
manque le plus aux époques comme la nôtre. L’auteur de La Cité de Dieu est un
penseur des commencements, un écrivain de la promesse. À nous, qui sommes des
tard-venus, il peut en apprendre beaucoup.
Chantal Delsol est philosophe et écrivain, professeur émérite des universités en philosophie politique. Elle a créé et dirigé l’Institut Hannah-Arendt fondé en 1993. Elle est membre de l’Académie des sciences morales et politiques
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