Salomon et David
Sous Jessé, qui a été refait, les armes de Louis de Dommartin : de sable à la croix d'argent ; à gauche, les armes de Jean, cardinal de Lorraine et évêque de Metz, fils du duc René II, avec la devise IN MANIBVS TVIS SORTES MEE ; à droite, les armes de Chrétienne de Danemark, femme du duc de Lorraine François 1er. Ces trois blasons proviennent d'autres vitraux de la même église. Voir le texte d'André Philippe.
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La verrière de l'Arbre de Jessé, circa 1543, dans la fenêtre nord du chœur
de l'église abbatiale d'Autrey
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La première fenêtre du nord, à l'entrée du sanctuaire, était entièrement occupée par une représentation de l'Arbre de Jessé. Le tronc de l'arbre sortait de la poitrine du patriarche couché ; les rameaux portaient les bustes de onze rois de Judas. Au sommet se tenait la Vierge avec l'Enfant Jésus. Dans le bas, un écu aux armes de l'abbé Stévenet était supporté par deux lions et accompagné de la devise du prélat : Juvat amare Deum. Un autre écu portait d'or au chevron brisé d'azur, accompagné de trois cœurs de gueules [armes non identifiées], surmonté d'une crosse et d'une mitre, et tenu par deux enfants.
Ce vitrail existe encore, à l'exception de la partie inférieure où gisait Jessé, déjà disparue en 1824. Par suite du manque de place, il n'a été possible de remonter au Musée [d’Épinal] que la partie supérieure du vitrail comportant la Vierge et sept des rois ; les quatre autres ont été placés à part. Le tableau occupe les trois panneaux ; un arc en plein cintre en limite le champ supérieur. Au-dessus, un entablement mouluré est supporté par deux ordres de colonnes et de pilastres qui correspondaient aux meneaux de la fenêtre. Des volutes, des rinceaux de feuillage et des palmettes emplissent les écoinçons ainsi que le couronnement. deux petits anges à ailes écarlates soutiennent de chaque côté deux guirlandes de feuilles et de fruits qui se rejoignent et de fixent au centre du vitrail.
Le tronc du vitrail se divise en plusieurs rameaux d'où se détachent par places des feuilles retroussées en volutes ; aux extrémités des tiges secondaires, à des hauteurs différentes, s'épanouissent de larges fleurs, sortes de tulipes à pétales ourlés. Du centre de ces fleurs émergent des bustes de rois tenant des sceptres d'or, aux costumes variés et plus ou moins somptueux, coiffés de bonnets ou de chapeaux et de couronnes d'or. Aucun attribut particulier, aucune inscription ne permet de distinguer ces personnages les uns des autres.
Le rameau le plus élevé, dans le panneau central, supporte, dans la corolle d'un lys aux pétales retroussés, la Vierge en buste portant l'Enfant Jésus.
Le fond du vitrail est bleu terne ; le tronc, les branches et les feuilles sont peints en gris très foncé. La Vierge est entourée d'une auréole d'or flamboyante et rayonnante ; elle est représentée de face, les cheveux dénoués et tombant sur les épaules ; son corsage, lie-de-vin, est ouvert en carré et laisse voir la dentelle d'une gorgerette. Son manteau est bleu. Elle soutient des deux mains son fils à demi-étendu, attitude fréquente dans la peinture et la sculpture des XVe et XVIe siècles en Flandre et sur les bords du Rhin. L'Enfant bénit de la dextre.
Les rois de Judas se tiennent de face, de trois quarts ou à profil perdu. La variété et le naturel de leurs attitudes et de leurs gestes donnent une vie intense à cet ensemble conventionnel ; les physionomies elles-mêmes y concourent : chez les uns, le regard s'élève vers la Vierge, chez les autres, il exprime la méditation. À l'exception de deux, les personnages sont barbus ; ils portent des pourpoints à crevés ou ornés de bandes festonnées, quelques-uns avec un manteau drapé autour du buste ou jeté sur une épaule : un de ces manteaux est à manches amples, à col rabattu, et est fermé sur le devant par un bijou.
Les coiffures sont des turbans ou des chapeaux qu'encerclent des couronnes d'or diversement fleuronnées. Les chapeaux sont à bec et à rebras, quelques-uns de forme allemande, rappelant le bonnet phrygien. Les sceptres sont terminés par un fleuron non épanoui, et à l'autre extrémité par un bouton.
Les couleurs des costumes sont le rouge vif, des verts de différents tons, le violet sombre, le lie-de-vin et le bleu saphir. Quelques étoffes sont brochées.
Ce vitrail, clairement et agréablement composé, atteste une grande science de la perspective et du modelé des figures, d'où toute convention est exclue, et dont certaines pourraient être des portraits.
La présence des armes de l'abbé Stévenet permet d'attribuer cette verrière à la munificence de ce prélat, peut-être avec la participation du possesseur des autres armes que nous n'avons pu identifier.
André Philippe, "Les verrières de l'église abbatiale d'Autrey", dans Le Pays Lorrain, 1935, p. 158-160.
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- Michel Hérold, "L'art du vitrail en Lorraine. Son apogée à la fin du Moyen Âge et au temps de la Renaissance", dans Le Pays Lorrain, 1983, n° 1, p. 26-27. - Georges Poull, "Le destin des vitraux de l'abbaye d'Autrey", dans Le Pays Lorrain, décembre 2019, n° 4, p. 309-320.
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