Honoré d'Urfé (1567 - 1625)
" D'un côté il voyait Saturne appuyé sur sa faux, avec les cheveux longs, le front ridé, les yeux chassieux, le nez aquilin, et la bouche dégoûtante de sang, et pleine encore d'un morceau de ses enfants, dont il en avait un demi mangé en la main gauche, auquel par l'ouverture qu'il lui avait faite au côté avec les dents, on voyait comme panteler les poumons, et trembler le cœur ; vue à la vérité pleine de cruauté !
car ce petit enfant avait la tête renversée sur les épaules, les bras penchants par devant, et les jambes élargies d'un côté et d'autre, toutes rougissantes du sang qui sortait de la blessure que ce vieillard lui avait faite, de qui la barbe longue et chenue en maints lieux, se voyait tachée des gouttes du sang qui tombait du morceau qu'il tachait d'avaler. Ses bras, et ses jambes nerveuses et crasseuses, étaient en divers endroits couvertes de poil, aussi bien que ses cuisses maigres et décharnées. Dessous ses pieds s'élevaient de grands monceaux d'ossements, dont les uns blanchissaient de vieillesse, les autres ne commençaient que d'être décharnés, et d'autres joints avec un peu de peau et de chair demi gâtée, montraient n'être que depuis peu mis en ce lieu. Autour de lieu on ne voyait que des Sceptres en pièces, des Couronnes rompues, de grands édifices ruinés, et cela de telle sorte, qu'à peine restait-il quelque légère ressemblance de ce que ç'avait été."
- Honoré d'Urfé, L'Astrée, première partie, Paris, Champion Classiques, 2011, p. 167-168. J'ai modernisé l'orthographe. Les participes ont été laissés tels quels. Texte illustré par un tableau de Rubens, Saturne.
car ce petit enfant avait la tête renversée sur les épaules, les bras penchants par devant, et les jambes élargies d'un côté et d'autre, toutes rougissantes du sang qui sortait de la blessure que ce vieillard lui avait faite, de qui la barbe longue et chenue en maints lieux, se voyait tachée des gouttes du sang qui tombait du morceau qu'il tachait d'avaler. Ses bras, et ses jambes nerveuses et crasseuses, étaient en divers endroits couvertes de poil, aussi bien que ses cuisses maigres et décharnées. Dessous ses pieds s'élevaient de grands monceaux d'ossements, dont les uns blanchissaient de vieillesse, les autres ne commençaient que d'être décharnés, et d'autres joints avec un peu de peau et de chair demi gâtée, montraient n'être que depuis peu mis en ce lieu. Autour de lieu on ne voyait que des Sceptres en pièces, des Couronnes rompues, de grands édifices ruinés, et cela de telle sorte, qu'à peine restait-il quelque légère ressemblance de ce que ç'avait été."
- Honoré d'Urfé, L'Astrée, première partie, Paris, Champion Classiques, 2011, p. 167-168. J'ai modernisé l'orthographe. Les participes ont été laissés tels quels. Texte illustré par un tableau de Rubens, Saturne.

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