mardi 9 décembre 2008

la flûte disparue

C'est en écoutant le largo du concerto en ut majeur pour flûte à bec sopranino (RV 443) de Vivaldi que je me suis souvenu qu'en 1957 j'avais rapporté de Calvia (île de Majorque) une flûte qu'un berger m'avait donnée.
N'est-ce pas ce largo que joue un pâtre dans le film Le Déjeuner sur l'herbe de Renoir ?
Lors des grandes vacances de 1957, après avoir obtenu ma première partie de bac, j'étais parti en train de Nancy pour l'Espagne. Je faisais mon apprentissage comme routard... A la fin de mon circuit touristique (Barcelone, Saragosse, Madrid, L'Escorial, Tolède, Valence, Palma de Mallorca), j'avais réussi à me faire embaucher pour une dizaine de jours dans une ferme proche de Calvia, un village à l'ouest de Palma, pour la récolte des amandes. Je logeais à la ferme et j'y étais nourri. Je faisais partie d'une équipe de cinq personnes. On étendait de grandes toiles sous les amandiers et on battait les branches avec une gaule. Puis, on versait les amandes tombées sur les toiles dans des sacs que l'on chargeait sur un chariot auquel était attelée une mule.
Cette ferme possédait des terres à amandiers, caroubiers et oliviers. D'autres terres étaient laissées aux moutons. Un berger logeait près de son troupeau de mérinos dans une petite roulotte à deux roues. Ce n'était pas La Maison du Berger à quatre roues d'Alfred de Vigny !
" Elle va doucement avec ses quatre roues,
Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux...
/.../
Viens du paisible seuil de la maison roulante
Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront..."
Le soir, ce berger venait à la ferme pour s'approvisionner et faire la conversation. Il était musicien, il jouait de la flûte et de la xeremia (la cornemuse marjorquine). Comme il m'avait entendu parler musique espagnole avec la fille du fermier, il m'invita un soir à le raccompagner à sa cabane de berger, où il me jouerait en plein air sous les étoiles des airs de musique majorquine avec sa xeremia. J'ai eu droit à un merveilleux concert rustique dans la clarté lunaire. Son chien était allongé à ses pieds, le museau sur une patte, et semblait être sous le charme de la musique.
Avant mon départ, il me fit don d'une flûte à l'embout bagué en laiton. Cette flûte que j'avais laissée chez mes parents à Nancy a été perdue.

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