fresque de la chapelle Baroncelli, basilique Santa Croce de Florence
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"Une clarté jaune paille nimbe le flanc d'une colline. Le flanc der la colline est nu, - ni herbes, ni fleurs, ni broussailles n'y croissent. Nu et soyeux comme une dune de sable.
Au sommet de ce mont quelques palmiers se dressent. Ceux qu'effleure la clarté ont des teintes orangées et leurs palmes luisent, les autres sont ombrés. Aucun de ces arbres n'a de racines. Les palmiers semblent posés là, prêts à glisser le long de la roche lisse. Prêts à glisser vers la lumière qui passe tout près d'eux en flottant tel un nuage léger.
Il est si insolite, ce nuage de lumière, car alentour c'est la nuit. Par-delà la montagne le ciel est brun.
C'est la nuit. Au pied de la colline un troupeau de brebis et de béliers dort paisiblement. Mais deux d'entre les bêtes ont relevé la tête, intriguées du fond de leur sommeil par cette lueur surgie au cœur de la nuit. Le chien de garde du troupeau est en alarme ; arc-bouté dans l'ombre, l'échine ronde et le museau pointé vers le nuage insolite, il gronde. Il est inquiet, ses oreilles sont rabattues en arrière et plaquées vers le bas.
Auprès du troupeau deux bergers sont allongés à même la roche. Eux aussi viennent d'être réveillés en sursaut par l'étrange clarté qui illumine le flanc de la colline. Ils ont redressé leur buste, pris appui sur un coude, et tournent leur visage étonné vers le nuage lumineux. La lumière est si vive qu'ils protègent leurs yeux à l'abri de leurs mains.
Mais la lumière pénètre jusqu'à leur cœur . Car c'est pour eux que ce nuage doré s'en vient poudroyer dans la nuit, c'est pour éblouir leurs paupières, faire tinter leur âme d'émoi et de tendresse.
Ce nuage en vérité est un orbe de feu roux et tourbillonnant, au cœur étincelant duquel vole un ange diaphane. L'ange a un corps de colombe. Il tient un sceptre blanc dans l'une de ses mains, et de son autre main il esquisse un geste vers les bergers.
Un geste d'appel, d'invitation à se lever, à se mettre sur-le-champ en chemin. Un Enfant vient de naître, qui déjà les attend."
Sylvie Germain, L'Enfant Méduse, Folio Gallimard, 1999, p. 261-262.
"De toutes les peintures murales de Gaddi, les plus importantes qui nous sont parvenues se trouvent dans chapelle Baroncelli, à la croisée de la nef et du transept de l'église Santa Croce. Deux de ses deux parois (la troisième s'ouvre sur un espace annexe) ont été peintes à fresque à la fin des années 1320 : elles révèlent un puissant sens de la couleur exprimé dans des luminosités pastel. Vues au travers une grille en trompe-l'œil, les scènes illustrent l'histoire de Joachim et d'Anne, comme la vie de la Vierge Marie. Gaddi se pose en narrateur de génie, dotant les décors d'un relief plus imposant encore que celui rendu par Giotto dans les chapelles voisines. La peinture supérieure de l'un des murs constitue une séquence narrative - Joachim chassé du Temple et L'Annonce à Joachim. Le paysage et l'architecture se combinent en un vaste espace qui diffère de celui des œuvres de Giotto, comparativement peu profond et où les personnages semblent répartis sur une frise.
À l'examen de ces seules caractéristiques, il est facile de comprendre les raisons qui ont poussé les anciens critiques à voir en Taddeo Gaddi un terne successeur de Giotto, privé de la force du maître. Mais Gaddi possédait d'autres qualités qui l'ont porté au-delà du registre habituel de son illustre prédécesseur, surtout un sens puissant des couleurs exprimé dans des lumineuses teintes pastel. L'Annonce aux bergers constitue une scène nocturne inoubliable, où le froid des bleu-gris cède le pas à la chaleur d'une auréole de lumière dorée. Les collines du décor paraissent comme ciselées, les pâtres sont croqués avec précision, le chien et les moutons sont minutieusement dessinés. Toutefois, ce style potentiellement linéaire et aride se trouve allégé par l'émanation lumineuse qui se dégage de l'ange. Si la lumière était, depuis des siècles, un symbole de la présence divine dans les œuvres d'art médiévales, cette sensation d'immédiateté transpirant d'une scène donnée pour « photographiée » à un moment particulier est entièrement nouvelle."
Glenn M. Andres, John M. Hunisak, A. Richard Turner, photographies de Takashi Okamura, L'Art de Florence, tome I, Paris, Bordas, 1989, p. 234-235, Pl. 108.

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