Goya, Caballo derribado por un toro
"Après l'examen écrit [du baccalauréat], dans un dimanche torride, José [Ximénès, un ami, camarade de classe] m'entraîna à des courses de taureaux. D'abord, il se lamenta de voir une foule morne et noire où n'éclataient pas, comme dans son pays, ne neigeuses mantilles, des fleurs de grenades, et qui ne palpitait pas de ses milliers d'éventails ; mais dès que le paseo eut déroulé ses pompes barbares, il n'entendit plus les jugements imbéciles du peuple. La furieuse joie de son cœur s'exprimait en un espagnol sauvage et guttural. Il trépignait, il tendait les mains vers Bombita debout, à côté de la bête foudroyée. Le cirque découpait dans le ciel une sphère d'azur sombre où les hirondelles avaient peur et volaient plus haut. J'y baignais mes regards blessés par le sable ardent, taché de sang noir. [...] José criait près de moi. Il jeta dans l'arène les bleuets de sa boutonnière, un mouchoir de soie ardoise dont l'odeur de cyclamen et de géranium traîna un instant autour de nous, me fit oublier la foule hurlante, ce cheval aplati sur le sable et dont le vieux cuir, par endroit, frémissait encore."
Dans La Robe prétexte de François Mauriac, chap. XXIV.
Bombita (Tomares, 1879 - Séville, 1936), matador espagnol.
Hans Meinke, Juan Carrete Parrondo, Javier Belmonte, Goya, Esplendor del grabado, 2008, p. 261 pour l'eau-forte, aquatinte brunie et pointe sèche. Voir ci-dessus.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire