samedi 11 avril 2026

Benoît-Quentin visite Paris pour la première fois


 Image générée par ChatGPT (ou copiée ?)
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"Mais par-dessus tout il aima les parcs et les jardins, avec leurs jets d'eau, leurs statues babillantes de moineaux, et leurs grands bassins entourés d'enfants jouant avec des voiliers en bois peint. Avec aussi ces longues allées ombrées de marronniers où les pas des promeneurs faisaient crisser délicieusement les gravillons.
Il y avait tant à voir dans ces jardins, et de choses à sentir, à goûter, à toucher et entendre, qu'il ne se lassait pas d'y retourner, rôdant surtout autour des kiosques verts aux toits pointus d'où pendaient des grappes de ballons de toutes les couleurs, de moulins à vent, de cordes à sauter, de grands cerceaux de bois, de seaux, de pelles, de toupies et de jeux de volant. Leurs étroits étals fleurissaient d'un fouillis plus merveilleux encore avec leurs gros bocaux emplis de billes, de sucre d'orge, de lacets de réglisse, leurs bouquets de sucettes, leurs tubes de verre remplis de grains d'anis blanc et rose, leurs baquets de coco et leurs boîtes de caramel. Et il y avait encore les marchands de marrons, de gaufres, de pains d'épice et de petits pâtés qui circulaient  aux abords des théâtres de marionnettes, des balançoires et des manèges de chevaux de bois, mêlant leurs voix enrouées, pleine d'indolence et de séduction, à celles des loueurs de voitures à chèvres, d'ânes et de poneys. 
Mais la plus belle voix de toutes était celle, aigrelette, qui montait du petit limonaire, installé au cœur de certains des manèges pour rythmer la ronde lente des enfants cavaliers. 
Benoît-Quentin n'osait pas faire un tour, il se sentait déjà beaucoup trop grand, et puis, avec sa bosse, il serait devenu aussitôt la risée de tous les autres enfants. Alors il s'asseyait sur une chaise, à l'ombre d'un arbre, et regardait tourner les petits cavaliers du rêve sur leurs montures bariolées, - chevaux dorés, bruns ou noirs plus ou moins cambrés ou cabriolants, éléphants gris ou blancs, chameaux et lions couleur d'orange, girafes, et cochons très roses et ronds. Un grand pompon rouge se tortillait au bout d'une perche tendue en l'air par la gardienne de ce troupeau de bois et ses frétillements faisaient pousser des criaillements  aigus aux enfants qui se dressaient sur leurs étriers pour tenter de l'attraper."
Sylvie Germain, Le Livre des nuits, Folio Gallimard, 2025, p. 239-240.

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