"Margot confectionna elle-même sa robe de mariée. Elle partit à la ville acheter des étoffes, des perles, de la passementerie. Et ce fut bien une œuvre qu'elle produisit ; sa robe relevait moins de l'art de la couture que de celui de la sculpture et de l'enluminure. Et ce travail dura des mois. C'était tout son amour, - c'était son corps rendu fou de désir et d'attente, que Margot ouvrageait de la sorte. Sa toilette de mariée devint poème de blancheur, de reflets et d'éclats. Ce ne fut d'ailleurs pas vraiment une robe, mais un assemblage extravagant de jupons. Elle en fit treize qui se juxtaposaient selon des tailles et des formes différentes. Le plus long était en satin damassé et son ourlet était frangé de petits glands de soie, puis alternaient jupons de lin, de velours, de moire, de percale et de maille de laine, chacun étant ajouré de guipure et rehaussé d'un fouillis de galons, de nœuds et de rubans. La taille était serrée par une large ceinture de taffetas brodé aux initiales G. et M [Guillaume et Margot]. Les deux lettres étaient faites en perles de verre et s'entrelaçaient en une prodigieuse arabesque. Puis elle fit un corset de satin, une chemise de dentelle à col montant fermée aux poignets et sur la nuque par des bouquets de boutons de nacre, et un casaquin de velours qu'elle plastronna de plumes et de roses en tulle. Elle tailla ensuite un voile dans un pan de batiste de trois mètres de long et le couvrit par fines broderies de centaines d'étoiles, de fleurs et d'oiseaux. Elle acheta ensuite de la fourrure blanche avec laquelle elle confectionna un manchon ainsi qu'un large bandeau pour retenir le voile, et elle en fit orner également les revers de ses bottines."
Sylvie Germain, Le Livre des Nuits, Folio Gallimard, 2025, p. 185.
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