Rembrandt, Le Retour du fils prodigue
Musée de l'Ermitage - Leningrad
"Les mains de cet homme [l'encadreur] l'intriguent, on dirait qu'elles appartiennent à deux personnes distinctes, un pianiste et un sculpteur, ou un calligraphe et un mécano. L'une est longue, un peu osseuse mais délicate, l'autre trapue, aux veines saillantes, musclée. [...] Mais ce qui la trouble, c'est l'impression d'avoir déjà vu de telles mains. [...] Elle inspecte ces mains avec autant de concentration que l'homme en déploie devant le lavis qu'il a à encadrer [...], et à l'instant où elle trouve enfin le modèle qu'elle cherchait, elle s'écrie à mi-voix : « Rembrandt, bien sûr ! » L'homme relève la tête, ses lunettes en équilibre vacillant à l'extrémité de son nez, et d'un ton presque bourru il objecte : « Pas du tout ! Elle date du XIXe. » Ce malentendu la désarçonne, elle se sent stupide, et quelque peu intruse, et du coup elle aggrave son cas : « Je ne parlais pas de la gravure, mais de vos mains. » [...] Elle revient au tableau de Rembrandt et précise celui auquel elle fait référence, « Le Retour du fils prodigue », où une étonnante différence distingue les mains du père posées sur les épaules de son fils agenouillé devant lui."
Sylvie Germain, Petites scènes capitales, Albin Michel, 2013, p. 218-219.
Pour le tableau :
- Christian Tümpel, Rembrandt, Paris, Albin Michel, 1986, illustration p. 359.

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