vendredi 13 mars 2026

les céphalophores selon Sylvie Germain


Lucas Cranach, Salomé
Musée des Beaux-Arts de Budapest
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"Salomé, la céphalophore infantile, délicieuse et imbécile, pourrait bien être érigée « patronne » de tous les assassins, de tous les abrutis qui torturent et qui tuent sans se poser de vraies questions. Et si son gracieux corps surabonde d'appas, s'exhibe avec une délectable impudeur et se proclame foyer d'ardent désir, promesse de savoureux plaisirs, il n'en reste pas moins malgré les apparences un pauvre corps de mort, comme celui de sa mère dans ses atours de reine, tandis que Jean décapité est, lui, fabuleusement un corps de gloire."

"Tous ceux et celles que l'amour a saisis, et qui s'en vont transis de la pensée de l'autre, ardés par le regard de l'autre, marchent ainsi en somnambules. Ils ont la tête ailleurs, comme on dit. Leur front est resté lové dans la chaleur et dans l'odeur du cou de l'autre, appuyé contre son épaule. Ils, elle, portent leut tête en offrande à l'aimée, à l'élu, à moins que ce ne soit la tête de l'autre, qu'ils, elles, portent ainsi en très secrète et tendre procession.
Oui, on a vraiment la tête ailleurs lorsqu'on est amoureux, - alors, quand c'est pour l'Éternel que l'on s'est enflammé, on a la tête infiniment ailleurs. On est un funambule, avec, en guise de balancier, son  cœur en bandoulière et sa tête épanouie tel un bouquet de fleurs de mai.
Tous ceux et celles que l'amour a ravis sont des céphalophores, des êtres en proie à une miraculeuse catastrophe."
Sylvie Germain, Céphalophores, Gallimard, 1997, p. 103 et 112-113.

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