lundi 9 mars 2026

John Donne cité par Sylvie Germain dans "Éclats de sel"

"Si Ludvik avait rechigné au début à traduire cet ouvrage dont une maison d'édition lui avait passé commande, et qu'il avait accepté faute d'autre travail, il commençait à présent à trouver de l'intérêt et même un certain plaisir à effectuer cette traduction qui l'amenait à explorer un siècle dans lequel il décelait bien des correspondances avec le sien. Les hommes de l'époque s'étaient heurtés à des doutes, des stupeurs et des effrois de pensée auxquels achoppaient, plus tragiquement encore, ses contemporains. Ceux-ci pouvaient en effet reprendre, amplifiée, la déclaration du poète John Donne face à l'effondrement de l'ancien ordre cosmique, « Tout est en éclats, toute cohérence disparue. / Plus de rapports justes, rien ne s'accorde plus ». Depuis longtemps déjà, le sens, éventuellement inscrit dans le monde, ne se laissait plus débusquer que par voies obliques, mise en suspens et même renversement de la pensée."
Sylvie Germain, Éclats de sel, Paris, Gallimard, 1996, p. 63-64.

Sur John Donne (Londres, 1572 - Londres, 1631) :
André Maisonneuve, "Littérature anglaise", dans Histoire des littératures, tome II, Encyclopédie de la Pléiade, 1956, p. 395-396. "Les XVIIIe et XIXe siècles n'eurent guère d'estime pour Donne. En revanche, on peut dire qu'il fut, entre 1920 et 1940, l'un des poètes les plus vivants et les plus écoutés. Les « modernes » trouvèrent chez lui une anxiété comparable à la leur et des vertus d'expression qu'ils lui envièrent. De nos jours, son baroquisme et ses limites apparaissent mieux, sans qu'il cesse de nous toucher."

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