"Nous partîmes le lendemain matin de bonne heure. La présence de la voiture avait un peu changé depuis Koum les conditions de la marche. On n'allait plus réunis. Différents membres de la mission avaient pris les devants, ,dans leur impatience, et s'étaient mis en route à minuit. Je fis le chemin presque seul, avec mon kaliandjy et deux autres domestiques.
Nos chevaux et ceux du reste de la caravane n'en pouvaient plus, de sorte que tout marchait lentement. Je traversai assez indifféremment une série de vallons et de collines, qui se succédaient les unes aux autres comme la veille, en se ressemblant, offrant toujours les mêmes caractères de stérilité et d'abandon ; mais à un tournant, j'aperçus tout à coup une plaine immense, une vallée d'une largeur grandiose courant de l'est à l'ouest : c'était la plaine de Téhéran. Au nord s'étendait une chaîne de montagnes dont les sommets étincelants de neige se relevaient à une hauteur majestueuse : c'était l'Elbourz, cette immense arête qui unit l'Hindou-Koush aux montagnes de Géorgie, le Caucase indien au Caucase de Prométhée ; au-dessus de cette chaîne, la dominant comme un géant, s'élançait dans les airs l'énorme cône pointu du mont Demavend, blanc de la tête au pied. On ne saurait rien imaginer de plus vaste ni de plus beau."
Arthur de Gobineau, Trois ans en Asie, Paris, Editions A. M. Métailié, 1980, p. 189-190.

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