"La solitude est une mauvaise chose, ici-bas ; et je regrette de ne pas être marié et de n'avoir une famille à moi. Mais, à présent, je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine ; et, tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre et même la langue de l'Europe.
Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étrangères, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, - si je ne dois pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l'instruction la plus complète qu'on puisse atteindre à cette époque, et que je voie devenir un ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ? Mais qui sait combien peuvent durer mes jours, dans ces montagnes-ci ? Et je puis disparaître, au milieu de ces peuplades, sans que la nouvelle en ressorte jamais."
Lettres de Jean-Arthur Rimbaud, Égypte, Arabie, Éthiopie, avec une introduction et des notes de Paterne Berrichon, Paris, Sté du Mercure de France, 1899, p. 151. Extrait d'une lettre du 6 mai 1883.
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