Les trois Rois Mages
Stefano Bottari, Ravenna. Basiliques de Sant'Apollinare Nuovo et de Sant'Apollinare in Classe, 1966, p. 8
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"Je vais vous dire quelque chose qui va encore vous faire rire : j'ai envié la foi des constructeurs d'églises. je ne crois à presque rien. Je n'ai pas cru au Galiléen. Je ne sais toujours pas ce qu'est la vérité. J'au vu défiler et mourir les royaumes et les religions, les dogmes et les convictions. Tout le monde répète depuis toujours qu'il n'y a rien d'éternel ni de certain sur cette Terre que je parcours, que tout y passe et que rien n'y dure. Ceux qui ont construit avec moi les églises de Ravenne, ceux qui ont plié et souffert sous les charges trop lourdes, ceux qui sont tombés des échelles et des échafaudages, ceux qui ont péri écrasés sous les blocs de marbre ou sous les pans de murs en train de s'écrouler, ceux qui ont prié devant les autels qu'ils venaient d'édifier ont atteint à ce que les hommes peuvent atteindre de la vérité et de l'éternité. Et qu'importe s'ils se trompaient. Ils croyaient à ce qu'ils faisaient. C'est une définition du bonheur, et meilleure, je crois, que les autres. Quand, assis devant les travaux, sous le ciel d'automne ou de printemps, je les voyais donner leur temps, leur sueur et leur vie à Sant'Apolllinare in Classe, unique vestige aujourd'hui du port détruit de Classis, ou à la basilique San Vitale, avec ses splendeurs byzantines, des rêves que j'aurais dû être le premier et peut-être le seul à chasser me venaient à l'esprit : leur Dieu n'existait pas, ils avaient tort de croire qu'il les avait créés, c'étaient eux qui le créaient et il se mettait à exister parce qu'ils croyaient en lui."
"Le second compagnon dans les temps de Ravenne excellait dans son métier qui consistait à assembler des fragments de pierres dures, d'agate, de porphyre, de marbre, d'onyx, des lapis-lazuli, des morceaux d'émail ou de verre de couleur et de la poussière d'or pour en faire de ces tableaux qui brillent dans le chœur des églises et que vous appelez mosaïques."
Jean d'Ormesson, Histoire du juif errant, Œuvres I, Bibliothèque de la Pléiade, 2015, p. 1324-1325 et 1327.

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