Le directeur de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts,
Nicolas Bourriaud, est sur la sellette. Il devait rencontrer aujourd’hui, à
l’heure où je vous parle, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, pour
s’expliquer de la révolte qui gronde chez certains élèves et professeurs.
Ceux-ci dénoncent une marchandisation croissante de l’école, notamment
l’utilisation pendant plusieurs jours d’une partie du bâtiment par Ralph
Lauren, pour organiser un défilé de mode et des soirées mondaines. En échange,
l’entreprise de luxe a donné 1,5 millions sous forme de ce que certains
appellent du mécénat, mais qui n’est en réalité qu’une location déguisée.
Celle-ci aurait perturbé le travail des étudiants qui tiennent à rappeler que
l’École des Beaux-Arts est une école, justement, « une école publique,
pas une entreprise, un centre d’art, une marque, un marché, une salle des
fêtes. » selon leurs propres mots.
Inversement, le directeur bénéficie du soutien d’une autre partie du personnel et des élèves, ainsi que d’une pétition signée de nombreux noms du milieu de l’art contemporain.
Inversement, le directeur bénéficie du soutien d’une autre partie du personnel et des élèves, ainsi que d’une pétition signée de nombreux noms du milieu de l’art contemporain.
Tout ce beau monde, mais cela n’a rien d’étonnant, oublie un
élément essentiel de l’équation : l’École des Beaux-Arts est une école,
c’est certain, mais elle est aussi un musée, du moins un endroit où l’on
conserve une collection inestimable d’œuvres patrimoniales anciennes et du XIXe
siècle que l’on présente au public dans des expositions temporaires. A la
collection de dessins et d’estampes s’ajoutent un très grand nombre de
peintures et de sculptures provenant des Académies Royales, ainsi que les
travaux des élèves de l’école elle-même. Bref, des centaines de milliers
d’œuvres qui semblent bien oubliées dans le débat actuel.
L’école des Beaux-Arts, c’est aussi un ensemble de bâtiments historiques : l’amphithéâtre, décoré par Paul Delaroche, la cour vitrée, qui abritait autrefois une extraordinaire collection de plâtres, la chapelle, qui abrite toujours une autre partie de cette collection, la cour du mûrier, ancien cloître du couvent des Petits-Augustins, et bien d’autres encore.
L’école des Beaux-Arts, c’est aussi un ensemble de bâtiments historiques : l’amphithéâtre, décoré par Paul Delaroche, la cour vitrée, qui abritait autrefois une extraordinaire collection de plâtres, la chapelle, qui abrite toujours une autre partie de cette collection, la cour du mûrier, ancien cloître du couvent des Petits-Augustins, et bien d’autres encore.
Ce qui est certain, c’est que ces bâtiments sont maltraités
depuis des années. Maltraités par manque de budget – et là, bien
sûr, le ministère de la Culture mais aussi celui de l’Éducation Nationale sont
entièrement responsables, citons par exemple l’état désastreux des vestiges de
l’hôtel de Torpanne chef-d’œuvre de la sculpture française du XVIe siècle, qui
pourrissent doucement dans les jardins . Maltraités également – et là encore la
responsabilité du ministère de la Culture est entière - par la construction à
droite du bâtiment principal, d’un appendice monstrueux, dévolu à une école
d’architecture, en violation complète de la loi sur les monuments historiques
(voir aussi l’ill. 2). Maltraités enfin par la multiplication des
locations privées, notamment de défilés de mode, qui ne tiennent compte ni de
l’esprit du lieu ni de sa fragilité. Nicolas Bourriaud n’est pas le seul
responsable puisque cette politique était déjà celle de son prédécesseur.
Mais ce qui est nouveau, c’est que depuis son arrivée, il a
négligé les expositions d’art ancien. A l’exception du cabinet des dessins Jean
Bonna où Emmanuelle Brugerolles organise régulièrement des accrochages (dont
nous n’avons pas parlé récemment, bien à tort), les grandes expositions du
fonds patrimonial dans les galeries du Quai Malaquais ont disparu depuis le
début de l’année 2013. Le directeur a en effet décidé de mettre en place, je
cite, une « nouvelle formule de programmation qui reflète l’identité de
l’école en confrontant œuvres anciennes et contemporaines, artistes émergents
et relecture de l’histoire de l’art récent ». Autant dire à peu près
tout et n’importe quoi, les œuvres anciennes servant désormais de faire-valoir
aux œuvres contemporaines. Si ce type d’expositions transversales est légitime
ponctuellement, il ne peut devenir une règle.
Résumons l’état des lieux : des bâtiments livrés depuis
des années au privé, mal ou peu entretenus, où la fonction d’école et de musée
est niée par sa direction, où les collections sont de moins en moins visibles…
Bref, un échec total, sur tous les plans, que rien ou presque ne vient
rattraper.
Mais la responsabilité, nous l’avons vu, n’est certainement
pas celle du seul Nicolas Bourriaud. Comme pour le Musée Picasso où l’État
s’est finalement décidé à agir, mais bien tard, c’est une nouvelle fois le
ministère de la Culture qui porte la plus lourde responsabilité. Manque de
budget, non respect de la réglementation monuments historiques, indifférence
aux collections patrimoniales… Aurélie Filippetti, pour en sortir vers le haut,
devrait prendre deux décisions : remplacer Nicolas Bourriaud par un
directeur à la fois conscient de la mission d’une école et concerné par
l’histoire du bâtiment et de ses collections, et accorder enfin un budget
décent à cette institution. Il est vrai qu’une fois de plus, comme le signale
le Quotidien de l’Art, le budget de la Culture diminue encore de 55 millions
d’euros dans le projet de loi de finance rectificative. Aurélie Filippetti a
tranché en en faisant porter l’essentiel, soit 48,3 millions, sur la mission
Patrimoines. Ce ministère de la Culture devient, de plus en plus, un ministère
de l’inculture.
Didier
Rykner, vendredi 20 juin 2014
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