mardi 23 juillet 2013

l'âne Eusèbe de Jules Renard

Moins connu que Gédéon, l'âne farceur du roman La Terre de Zola, un âne nommé Eusèbe apparaît dans Les Cloportes de Jules Renard.
"Par tendresse pour son âne il [Fabrice] marchait toujours à ses côtés, l'aidant d'un coup d'épaule, lui parlant comme à un ami, l'appelait Eusèbe comme une grande personne."
"Enfin il fallait rentrer. C'était la nuit, tout le monde dormait. Eusèbe tirait dans la rue, disparaissait sous sa meule de foin dont les brins lui couvraient la tête et lui piquaient les oreilles. Parfois, du fond d'une cour, des chiens de ferme aboyaient, mais Eusèbe ne s'en effrayait pas, sachant bien que tous les chiens étaient maintenant renfermés et qu'il fallait être âne comme lui pour courir les rues si tardivement. De temps en temps il s'arrêtait, mangeant un peu de ce qui pendait sur lui ; mais amicalement Fabrice le prenait par la bride et pour l'encourager lui chantait une petite chanson. Eusèbe donnait un coup de collier. Fabrice s'épaulait aux roues et tous les deux rentraient harassés, perclus. Eusèbe dormait encore le premier. Au clair de lune Fabrice lui faisait son lit, le soignait, lui disait bonsoir et allait se coucher pour cinq heures de sommeil, bien heureux."
"Françoise jouait volontiers avec Eusèbe, prenait à pleine mains ses oreilles, douces comme des foulards, les nouait comme une cravate, les mettait horizontales, les rabattait, donnant de la sorte à l'âne des physionomies variées."
Jules Renard, Les Cloportes, dans Œuvres I, Bibliothèque de la Pléiade, 1987, p. 93 et 125.

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