vendredi 2 janvier 2026

ravitailler Paris assiégée, en février1649, pendant la Fronde

"[Le 19 février 1649] Noirmoutier sortit [de Paris] avec deux mille chevaux pour amener à Paris un convoi de cinq cents charrettes de farines, qui était à Brie-Comte-Robert, où nous avions garnison. Comme il eut avis que le comte, depuis maréchal de Grancei, venait du côté de Lagni pour s'y opposer, il détacha M. de la Rochefoucauld [l'auteur des Maximes] avec sept escadrons, pour occuper un défilé par où les ennemis étaient obligés de passer. M. de la Rochefoucauld, qui avait plus de cœur que d'expérience, s'emporta de chaleur : il n'en demeura pas à son ordre, il sortit de son poste, qui lui était très avantageux, et il chargea les ennemis avec beaucoup de vigueur. Comme il avait affaire à de vieilles troupes et qu'il n'en avait que de nouvelles, il fut bientôt renversé. Il y fut blessé d'un fort grand coup de pistolet dans la gorge. Il y perdit Rosan, frère de Duras ; le marquis de Silleri, son beau-frère, y fut pris prisonnier ; Rachecour, premier capitaine de mon régiment de cavalerie, y fut fort blessé ; et le convoi était infailliblement perdu, si Noirmoutier ne fût arrivé avec le reste des troupes. Il fit filer les charrettes du côté de Villeneuve-Saint-Georges ; il marcha avec ses troupes en bon ordre par le grand chemin du côté de Grois-Bois, à la vue de Gracei, qui ne crut pas devoir hasarder de passer le pont Iblon devant lui. Il rejoignit son convoi dans la plaine de Creteil, et il l'amena, sans avoir perdu une charrette, à Paris, où il ne rentra qu'à onze du soir."
 "Le même jour, 24 de février [1649], nous eûmes avis que Monsieur le Prince [Condé] avait fait dessein de jeter dans la rivière toutes les farines de Gonesse et des environs, parce que les paysans en apportaient en fort grande quantité, à dos, dans la ville. Nous le prévînmes. L'on sortit avec toutes les troupes, entre neuf et dix du soir. L'on passa toute la nuit en bataille devant Saint-Denis, pour empêcher le maréchal du Plessis, qui était avec huit cents chevaux, composés de la gendarmerie, d'incommoder notre convoi. L'on prit tout ce qu'il y avait de chariots, de charrettes et de chevaux dans Paris. Le maréchal de La Mothe se détacha avec mille chevaux ; il enleva tout ce qu'il trouva à Gonesse et dans le pays, et il rentra dans la ville sans avoir perdu un seul homme, ni un seul cheval. Les gendarmes de la Reine donnèrent sur la queue du convoi ; mais ils furent repoussés par Saint-Germain d'Achon ,jusqu'à la barrière de Saint-Denis."
"[Le 26 février 1649] Noirmoutier sortit de Paris avec quinze cents chevaux, y amena ce jour-là , de Dammartin [Dammartin-en-Goële] et des environs, une quantité immense de grain et de farines. Monsieur le Prince ne pouvait être partout : il n'avait pas assez de cavalerie pour occuper toute la campagne, et toute la campagne favorisait Paris. L'on y apporta, dans ces deux derniers jours, plus de blé qu'il n'en fallut pour le maintenir six semaines. La police y manquait, par la friponnerie des boulangers et par le peu de soin des officiers."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 182, 194 et 196.

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