Jacob Ferdinand Voet (Anvers, 1639 - Paris, 1689), Cardinal de Retz
© National Gallery, Londres
[La
Fronde a commencé en 1648]
"Ce
mot me remet dans la mémoire ce que je crois avoir oublié de vous expliquer
dans le premier volume de cet ouvrage. C'est son étymologie, qui n'est pas de
grande importance, mais qui ne se doit pas toutefois omettre dans un récit où il
n'est pas possible qu'elle ne soit nommée plusieurs fois. Quand le Parlement
commença à s'assembler pour les affaires publiques, M. le duc d'Orléans et
Monsieur le Prince [Louis II de Bourbon, prince de Condé] y vinrent assez souvent
et y adoucirent même quelquefois les esprits. Ce calme n'y était que par
intervalles. La chaleur revenait au bout de deux jours, et l'on s'assemblait avec la même ardeur que
le premier moment. Bachaumont [conseiller] s'avisa de dire un jour, en badinant,
que le Parlement faisait comme les écoliers qui frondent dans les fossés de
Paris, qui se séparent dès qu'ils voient le lieutenant civil et qui se
rassemblent dès qu'il ne paraît plus. Cette comparaison, qui fut trouvée assez
plaisante, fut célébrée par les chansons, et elle refleurit particulièrement
lorsque, la paix étant faite entre le Roi et le Parlement, l'on trouva lieu de
l'appliquer à la faction particulière de ceux qui ne s'étaient pas accommodés
avec la cour."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 286-287.
Il peut sembler curieux de voir un vaste mouvement de contestation prendre le nom d'un jeu d'adolescent. Les mémorialistes rapportent, chacun à sa façon les circonstances de ce baptême.
Le plus explicite est sans doute le marquis de Montglat qui écrit : « Il y avait en ce temps-là, dans les fossés de la ville, une grande troupe de jeunes gens volontaires qui se battaient à coups de pierres avec des frondes, dont il en demeurait quelquefois de blessés et de morts. Le Parlement donna un arrêt pour leur défendre cet exercice ; et un jour qu'on opinait dans la Grand-chambre, un président parlant selon le désir de la Cour, son fils, qui était conseiller des Enquêtes, dit : « Quand ce sera à mon tour, je fronderai bien l'opinion de mon père. » Ce terme fit rire ceux qui étaient auprès de lui, et depuis on nomma ceux qui étaient contre la Cour frondeurs ».
Michel Pernot, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, 1994, p. 7-8.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire