"Je [l'auteur du récit est à Dijon en 2000] me levai, ouvris la fenêtre et les volets : le soleil indécis du matin baignait de lumière un jardin planté d'orangers [?] ainsi que, plus loin, une rue paisible bordée par des maisons aux toits pentus ; seul le pépiement des oiseaux rompait ce silence villageois. Je m'habillai et pris le petit-déjeuner dans la salle à manger de l'hôtel ; puis considérant qu'il était trop tôt pour me rendre à la résidence des Nymphéas [à Fontaine-lès-Dijon], je décidai de faire un tour. Je n'avais jamais été à Dijon et à peine quatre heures auparavant, tandis que je traversais en taxi ses rues flanquées d'édifices pareils à des cadavres d'animaux préhistoriques [?] et regardais, ensommeillé, leurs frontispices seigneuriaux aux enseignes lumineuses clignotantes [?], elle m'avait paru être l'une de ces imposantes villes médiévales [?] qui de nuit prennent de grands airs, montrant ainsi leur vrai visage, la carcasse putride [?] de leur splendeur passée. Ce jour-là, en revanche, dès que je sortis dans la rue des Fleurs et après avoir traversé la rue des Roses et la rue Devosges [Devosge], j'arrivai place d'Arcy [Darcy] - l'endroit grouillait déjà de voitures circulant autour de l'arc de triomphe [la porte Guillaume du XVIIIe siècle qui a remplacé une porte du Moyen Âge] et Dijon me parut être l'une de ces villes tristes de la province française dans lesquelles les tristes maris de Simenon commettent leurs tristes crimes, une ville sans joie et sans avenir [?], à l'instar de Stockton [Californie]."
Javier Cercas, Les Soldats de Salamine, Actes Sud, collection Babel, 2004, p. 203-204.
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