"Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d'une vie soumise à la nécessité, je n'ai pas le droit de prendre d'abord le parti de l'art, ni de chercher à faire quelque chose de passionnant, ou d'émouvant. Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d'une existence que j'ai aussi partagée.
Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles."
Annie Ernaux, La Place (1983), Écrire la vie, Quarto Gallimard, 2011, p. 442.
"J'essaie de ne pas considérer la violence, les débordements de tendresse, les reproches de ma mère comme seulement des traits personnels de caractère, mais de les situer aussi dans son histoire et sa condition sociale. Cette façon d'écrire, qui me semble aller dans le sens de la vérité, m'aide à sortir de la solitude et de l'obscurité du souvenir individuel, par la découverte d'une signification plus générale. Mais je sens que quelque chose en moi résiste, voudrait conserver de ma mère des images purement affectives, chaleur ou larmes, sans leur donner de sens."
"En écrivant, je vois tantôt la bonne mère, tantôt la mauvaise. Pour échapper à ce balancement venu du plus loin de l'enfance, j'essaie de décrire et d'expliquer comme s'il s'agissait d'une autre mère et d'une fille qui ne serait pas moi. Ainsi, j'écris de la manière la plus neutre possible, mais certaines expressions (s'il t'arrive un malheur !) ne parviennent pas à l'être pour moi, comme le feraient d'autres, abstraites (refus du corps et de la sexualité) par exemple."
Annie Ernaux, Une femme (1987), Écrire la vie, Quarto Gallimard, 2011, p. 573 et 577.
Livres lus d'Annie Ernaux :
- La Femme gelée, 1981.
- La Place, 1983.
- Une Femme, 1987.
- Je ne suis pas sortie de ma nuit, 1997.
Son œuvre est loin d'être au niveau d'un Nobel de la littérature. Pour le prix Nobel de littérature 2022 j'aurais préféré António Lobo Antunes.
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