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dimanche 2 janvier 2022

Laurent de La Hire, Mercure et Hersé, tableau du MUDAAC d'Epinal

 
© MUDAAC EPINAL



Laurent de La Hire (Paris, 1606 - Paris, 1656), Mercure et Hersé
d'après Les Métamorphoses d'Ovide
huile sur toile, 143 x126 cm
Musée d'Art ancien et contemporain d'Epinal
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La collection des princes de Salm, Épinal, Musée départemental d'Art ancien et contemporain, 1993, p. 102-103. 
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"De là le dieu qui porte le caducée [Mercure] avait pris son essor par un mouvement égal de ses ailes et, tout en volant, il contemplait d'en haut les champs de Munychie [presqu'île du Pirée], la terre chère à Minerve et les arbres du riant Lycée. Il advint que ce jour-là de chastes jeunes filles, ayant, suivant la coutume, chargé leurs têtes de corbeilles couronnées de fleurs, portaient à la citadelle de Pallas en fête les purs objets de son culte. Elles en revenaient , quand le dieu ailé les aperçoit ; au lieu de continuer tout droit sa route, il suit une ligne courbe, en décrivant toujours le même cercle. Quand un milan, oiseau rapide entre tous, a vu les chairs d'une victime, effrayé à l'aspect des ministres qui se pressent autour du sacrifice, il tournoie, sans se décider à s'éloigner, et il fait avidement la ronde, battant des ailes autour de la proie qu'il espère ; ainsi, au-dessus de la citadelle de l'Acté [ancien nom de l'Attique], l'agile dieu du Cyllène [montagne dans le nord de l'Arcadie] infléchit sa course et trace son circuit dans le même espace des airs. Autant Lucifer [étoile du matin, Vénus] l'emporte par l'éclat de ses feux sur les autres étoiles, et Phébé [la Lune] par sa lumière dorée sur Lucifer, autant Hersé surpassait toutes les vierges avec qui elle marchait. Elle était l'ornement de la procession et de ses compagnes. À la vue de ses traits, le fils de Jupiter fut saisi d'admiration ; suspendu dans les airs, il s'enflamma comme le plomb qui, lancé par la fronde baléare, vole, s'embrase dans son trajet et trouve sous les nues des feux qu'il ne connaissait pas. Le dieu change de route et, abandonnant le ciel, il se dirige vers la terre ; il ne se déguise pas, tant il a confiance dans sa beauté. Pourtant, si parfaite qu'elle soit, il lui donne par ses soins un attrait de plus  : il lisse sa chevelure, il arrange sa chlamyde pour la faire tomber avec grâce, pour en étaler la bordure et toute la garniture d'or ; il polit sa baguette, qui, dans sa main droite, appelle et chasse le sommeil et, après avoir purifié ses pieds, il en fait briller les talonnières."
Ovide, Les Métamorphoses, Le Livre de Poche Classique, p. 97-98.

mardi 28 décembre 2021

Nicolas Sébastien Adam, Apollon et la sibylle de Cumes


 Nicolas Sébastien Adam (Nancy, 1705 - Paris, 1778), Apollon et la sibylle de Cumes
vers 1753, pierre
Exposition Les Adam. La Sculpture en héritage
18 septembre 2021 - 9 janvier 2022
Musée des Beaux-Arts - Nancy
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Apollon, assis sur une née et tenant sa lyre dans la main droite, converse avec la sibylle de Cumes. Celle-ci, s'étant vue promettre tout ce qu'elle souhaitait par le dieu amoureux, saisit une poignée de poussière et demande à vivre autant d'années que le nombre que les grains posés dans sa main.
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La Sibylle [de Cumes] se retourne en poussant de profonds soupirs ; puis elle répond : "je ne suis pas une déesse, mais une mortelle qui ne mérite pas que tu brûles [Énée] en son honneur l'encens sacré. Apprends à me mieux connaître ; j'aurais reçu le don d'une vie éternelle, indéfinie, si j'avais sacrifié ma virginité aux désirs de Phébus [Apollon]. Il espérait bien me la ravir et brûlait de me séduire par des présents ; "Vierge de Cumes, me dit-il, exprime un vœu, celui que tu voudras ; il sera exaucé." Moi, je ramassai une poignée de poussière et la lui montrai ; je souhaitai follement autant d'années de vie que cette poignée contenait de grains de poussière. je ne songeai pas à demander que toutes ces années fussent jusqu'au bout des années de jeunesse. Et pourtant il m'aurait bien accordé en même temps une jeunesse éternelle, si j'avais consenti à céder à Vénus. Ayant dédaigné les offres de Phébus, je suis restée vierge. Mais maintenant l'âge heureux m'a tourné le dos et j'ai vu venir à moi, de son pas tremblant, la triste vieillesse, qu'il me faudra subir longtemps encore. J'ai déjà vécu, telle que tu me vois, sept siècles et, pour parfaire le nombre des grains de poussière, il me reste à voir trois cents moissons, trois cents vins nouveaux. Un temps viendra où une aussi longue suite de jours raccourcira ma haute taille, où mes membres usés par la vieillesse seront réduits à un poids misérable, alors on ne pourra croire que j'aie jamais été aimée et que j'aie pu plaire à un dieu ; et qui sait ? Phébus lui-même ne me reconnaîtra pas, ou bien il niera m'avoir chérie, tant on me trouvera changée ; quand je serai invisible à tous, on me reconnaîtra encore à ma voix ; c'est tout ce que les destins me laisseront."
Ovide, Les Métamorphoses, Folio Classique Gallimard, 1992, p. 450-451.

la renommée selon Ovide

Il est au milieu de l'univers, entre la terre, la mer et les régions célestes, sur les limites de ces trois mondes, un lieu d'où l'on voit tout ce qui se passe dans tous les pays, même les plus éloignés, et où toutes les voix pénètrent dans les oreilles prêtes à les recevoir. C'est là qu'habite la Renommée. Elle a choisi, pour y établir sa résidence, un sommet élevé ; elle a fait percer autour de sa demeure des avenues innombrables, mille ouvertures diverses ; mais il n'y a pas une seule porte pour en fermer l'accès ; nuit et jour cette demeure est ouverte. Elle est toute entière d'un bronze sonore ; tout entière elle vibre, elle renvoie les paroles et répète ce qu'elle entend. À l'intérieur pas un coin où règnent le calme et le silence. Pourtant ce ne sont point des cris, mais de sourds murmures, semblables à ceux de la mer, entendus de loin, ou aux derniers grondements que produit le tonnerre, lorsque Jupiter a entrechoqué les sombres nuages.
Toute une foule se presse dans l'atrium ; un peuple léger y va et vient ; mille fausses nouvelles y circulent en tous sens, mêlées aux vraies, et on entend rouler des paroles confuses. Parmi ces rumeurs les unes remplissent de leurs récits les oreilles des oisifs, les autres colportent ailleurs ce qui se dit ; les mensonges vont en croissant et tout conteur nouveau qui garantit  la vérité de ce qu'il a appris y ajoute quelque chose. Là réside la Crédulité, l'Erreur téméraire, la Fausse Joie, la Terreur à l'air consterné, la Sédition prompte à se déchaîner, les Chuchotements d'origine douteuse. La Renommée voit par elle-même tout ce qui s'accomplit dans le ciel, dans la mer et sur la terre ; elle surveille l'univers entier.
Ovide, Les Métamorphoses, Folio Classique Gallimard, 1992, p. 382-383.

jeudi 21 octobre 2021

Nicolas Sébastien Adam, Latone et les paysans de Lycie


 Nicolas Sébastien Adam (Nancy, 1705 - Paris, 1778), Latone et les paysans de Lycie
vers 1753, relief en pierre
Exposition Les Adam. La Sculpture en héritage
18 septembre 2021 - 9 janvier 2022
Musée des Beaux-Arts de Nancy
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Source :
Ovide, Les Métamorphoses, Folio Classique, 1992, Livre VI, p. 202-204. Histoire des paysans Lyciens qui avaient outragé Latone, lorsque, persécutée par Junon, elle errait sur toute la terre ; elle les avait changés en grenouilles.

samedi 16 octobre 2021

Nicolas Sébastien Adam, Apollon et Daphné




 Nicolas Sébastien Adam (Nancy, 1705 - Paris, 1778), Apollon et Daphné
vers 1753, relief en pierre
Exposition Les Adam. La Sculpture en héritage
18 septembre 2021 - 9 janvier 2022
Musée des Beaux-Arts de Nancy
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Source :
Ovide, Les Métamorphoses, Folio Classique, 1992, Livre I, p. 58-62 : L'Amour, qu'Apollon avait défié, lui inspire une passion violente pour Daphné ; échappant à sa poursuite, elle est changée en laurier.

samedi 4 juillet 2020

une citation d'Ovide détournée de son sens à Kœnigsmacker, Moselle






Porte de cave au 16 rue de l’Église à Kœnigsmacker, Moselle
Sur l'arc en plein-cintre est gravée une citation latine d'Ovide qui a  été détournée de sons sens,
celui-ci, de négatif est devenu positif :
HIC  CVMVLANT  ALTOS  FERVIDA  MVSTA  LACVS
(Ici, le vin fermente dans des cuves remplies jusqu'au comble)
Les impostes, qui reçoivent les retombées de l'arc, sont typiques d'une période large autour de 1600.
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La citation d'Ovide :  nec cumulant altos fervida musta lacus. À Kœnigsmacker,  nec (ne pas) a été remplacé par hic (ici) pour donner sur l'arc de la porte de cave une locution affirmative. 
La citation d'Ovide est tirée des Tristes, livre III, élégie 10, vers 72.

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- Dans l'édition Panckoucke des Œuvres d'Ovide, de 1834, A. Vernadé a traduit le vers 72 comme ceci : un vin bouillonnant ne remplit pas des cuves élevées.

- Ovide, Œuvres complètes, avec la traduction en français, publiées sous la direction de Charles Nisard, Paris, Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires, 1869, p. 705. C'est la traduction Nisard que j'ai choisie : le vin n'y fermente pas dans des cuves remplies jusqu'au comble.

- Ovide, Tristes, texte établi et traduit par Jacques André, Paris, Les Belles Lettres, 1968, double page 87. Dans cette édition, le vers 72 : Nec cumulant altos feruida musta lacus. La traduction : le moût bouillonnant n'emplit pas les cuves profondes. Fervo, fervis, fervere, fervi, intransitif. Bouillonner, être en effervescence. 

- Ovide, Tristes et Pontiques, traduit du latin par Marie Darrieussecq, Paris, P.O.L., 2008. Pas de fermentation dans les tonneaux bouillants [!!!].