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vendredi 15 janvier 2021

le Morisque est resté inassimilable en Espagne

"Que l'Espagne ait bien ou mal fait de se priver de la laborieuse et prolifique population morisque, peu importe ! pourquoi l'a-t-elle fait ?
Avant tout, parce que le Morisque est resté inassimilable. L'Espagne n'a pas agi par haine raciale (laquelle semble presque absente dans cette lutte) mais par haine de civilisation, de religion. Et l'explosion de sa haine, l'expulsion, est l'aveu de son impuissance. La preuve que le Morisque, après un, deux, trois siècles suivant les cas, était resté le Maure d'autrefois : costume, religion, langue, maisons cloîtrées, bains maures - il avait tout conservé. Il s'était refusé à la civilisation occidentale ; et c'est l'essentiel du débat. Quelques brillantes exceptions, sur le plan religieux - ou ce fait indéniable que les Morisques des villes adoptaient de plus en plus le costume des vainqueurs - n'y changent rien. Le Morisque est resté lié de cœur à un monde immense qui s'étendait, on le savait en Espagne, jusqu'à la Perse lointaine, avec des maisons, des mœurs analogues et des croyances identiques."
Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II. 2ème partie, Destins collectifs et mouvements d'ensemble, Le Livre de Poche références, 1993, p. 531-532.

dimanche 6 décembre 2020

les épidémies au XVIe siècle

"La peste et les autres épidémies ne sont graves qu'aux époques de difficultés matérielles et alimentaires. Famines et épidémies se tiennent par la main, vieille vérité que l'Occident connaît depuis longtemps. Depuis longtemps aussi, chaque ville essaie de se défendre contre le mal, par des désinfections à base de plantes aromatiques, la destruction par le feu des objets appartenant aux pestiférés, la quarantaine des personnes et des marchandises (Venise a été, en ce domaine, une initiatrice), l'embauche de médecins, l'usage des billets sanitaires, les cartas de salud d'Espagne, les fedi di sanità d'Italie. Les riches, depuis toujours, trouvent leur salut dans une fuite précipitée. Le mal s'annonce-t-il, ils se sauvent vers les villes voisines ou, le plus souvent, vers leurs précieuses maisons de campagne. << Je n'ai jamais vu ville entourée de plus de fermes et de maisons de plaisance, écrit Thomas Platter quand il arrive à Marseille, en 1587. La raison en est qu'en temps de peste (chose fréquente à cause du grand nombre de gens venus de tous pays), les habitants se réfugient  à la campagne. >> Par les habitants, il faut entendre les riches, les pauvres restant dans toute ville atteinte par le mal et dès lors, assiégée, tenue en suspicion, ravitaillée du dehors avec libéralité, pour qu'elle se tienne à peu près tranquille. C'est là, comme l'a noté René Baehrel, un vieux conflit, à l'origine de solides haines de classes.
Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, 1ère partie, La Part du milieu, Le Livre de Poche références, 1993, p. 407-408.