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samedi 7 mars 2026

Michel Guénaire, Maurice Barrès. Le grand écrivain retrouvé


Michel Guénaire, Maurice Barrès. Le grand écrivain retrouvé
 Éditions Perrin, 2026, 526 p.
Il avait l'admiration d'André Gide, de Marcel Proust, de François Mauriac,
 d'André Malraux, de Louis Aragon, de Henry de Montherlant, de Léon Blum, 
de Pierre Drieu la Rochelle, du général de Gaulle, de François Mitterrand, de Roger Nimier...

"Dans ce que vous écrivez il y a certains changements de ton qui n'existent qu'en musique."
Marcel Proust 

"À aucun âge de notre histoire et Rousseau mis à part, il ne s'est levé un écrivain plus complétement original."
Léon  Blum

"Barrès est un grand écrivain, il se défendra bien tout seul."
Julien Gracq

"De Barrès à Gide, l'homme ne monte pas il descend. Quant à l'écrivain, il n'est qu'à voir le désossement progressif de la prose française, faute d'autres maîtres que des escamoteurs pour ressentir l'absence de Barrès que n'a pu combler Giraudoux. S'il me fallait choisir, je me dirais barrésien."
Louis Aragon

"J'éprouve à lire le nouveau Barrès une des plus fortes et plus exquises joies que j'ai goûtée depuis longtemps. Je parle de La Mort de Venise. Voilà de l'excellent." 
André Gide

dimanche 15 février 2026

Séverine Depoulain, Maurice Barrès, écrivain et journaliste littéraire


Séverine Depoulain, Maurice Barrès, écrivain et journaliste littéraire
Honoré Champion - 2025 

mardi 4 novembre 2025

l'explicit de "L'Appel au soldat" de Maurice Barrès

Les chefs boulangistes, qui ne s'entendent plus sur rien, se sont accordés sur ceci, que nul d'eux ne parlera. Peu d'endroits cependant conviennent mieux que cette tombe, dans cette tempête, pour y développer avec magnificence, les grands lieux communs  sur l'incertitude de la destinée, sur la vanité des amitiés et, plus profondément, sur le néant des intentions les plus nobles et les plus vertueuses dans l'ordre de l'action où seul vaut le succès. Mais ces idées peuvent bien être irréfutables, elles ne sont pas fécondes et l'homme politique doit les éviter. La mort du Général [Boulanger], qui ne sert pas directement la patrie, convient pour exalter certains patriotes.

mardi 27 février 2024

défense de Maurice Barrès

La défense de Maurice Barrès peut être abordée sous différents angles en fonction de son héritage politique et littéraire. Barrès était un écrivain et homme politique français du tournant du 20e siècle, connu pour ses idées nationalistes et son engagement en faveur de la France. Voici quelques points qui pourraient être utilisés pour défendre son importance :

Valorisation de l'identité nationale : Barrès a été un fervent défenseur de l'identité française et a promu l'idée d'un lien profond entre la terre et le peuple français, souvent exprimé par le concept de "terre et les morts". Sa vision a contribué à renforcer le sentiment national en France à une époque où l'unité nationale était mise à l'épreuve.

Influence littéraire : Barrès était un écrivain prolifique dont les œuvres ont eu un impact significatif sur la littérature française de son époque. Son style d'écriture passionné et évocateur a captivé de nombreux lecteurs et a inspiré plusieurs générations d'écrivains français.

Engagement politique : Bien que ses idées aient été controversées, l'engagement politique de Barrès a joué un rôle important dans le paysage politique français. Il a été un membre influent de divers mouvements nationalistes et conservateurs, contribuant ainsi au débat politique de son époque.

Analyse sociologique : Ses écrits offrent également une perspective intéressante sur la société française de la Belle Époque, mettant en lumière les tensions sociales, les changements culturels et les défis politiques auxquels le pays était confronté à cette époque.

Complexité intellectuelle : Bien que certaines de ses idées puissent être controversées ou dépassées, Barrès était un penseur complexe dont les travaux méritent une analyse nuancée. Il est important de reconnaître sa contribution à la pensée politique et culturelle française, même si on peut ne pas être d'accord avec toutes ses positions.

En fin de compte, défendre Maurice Barrès implique souvent de reconnaître son rôle en tant que figure importante de son époque, tout en étant critique et conscient des limites et des implications de ses idées. 

Défense de Maurice Barrès par ChatGPT 3.5.

vendredi 16 février 2024

Jacques Callot, Aimé de Lemud et Maurice Barrès


Aimé de Lemud (Thionville, 1816 - Nancy, 1887), L'Enfance de Callot

"Vous rappelez-vous l'Exposition des « Graveurs du Siècle » qu'il y eut à Paris, voici quelques années ? Je parcourais ses salles désertes, quand soudain une lithographie d'Aimé de Lemud m'arrêta, me vivifia, fit jaillir en moi un flot de poésie.
L'Enfance de Callot ! Cela plut vers 1839. Une belle fille bohémienne tient le petit Callot par la main. À grands pas ils marchent vers l'Italie. De toute mon âme je les accompagne. Ah ! que ne puis-je leur être utile !
Lemud, enfant de Thionville, quand il fit à Metz son apprentissage d'art, dut méditer avec nostalgie l'aventure de Callot qui, gamin de douze ans, pour voir de la belle peinture, se sauva de Lorraine jusqu'à Rome, avec des bohémiens. De là ce dessin, qui exprime notre esprit de l'Est, bien que pour le styliser il se soit souvenu du délicieux mythe méditerranéen, du petit Tobie guidé par l'ange. Le jeune, l'heureux Callot ! Les belles histoires dont le nourrit son guide ! Qu'ils sont excités ! C'est l'image aimable d'une forte vocation."
Maurice Barrès, Amori et dolori sacrum, Paris, collection Bouquins, Robert Laffont, 1994, p. 14.
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Félix Vazemmes, "Aimé de Lemud (1816-1887)", dans Graveurs et illustrateurs de Lorraine, Nancy, Éditions Jean-Marie Cuny, 1986, p. 93-97. L'Enfance de Callot p. 95.

mercredi 17 janvier 2024

Maurice Barrès se souvient d'un vieux chêne abritant une statue de la Vierge

"Je me souviens, dans une chênaie, au pays des étangs lorrains, d'un vieux chêne qui abrite dans son cœur une statue de la Vierge et du plaisir que nous éprouvions, Stanislas de Guaita et moi, à le prendre pour but de nos promenades à vingt ans. Mon ami l'a chanté dans ses vers de jeunesse. Nous allions et venions du cabinet rempli des livres de tous les poètes à cet arbre vénérable, et à notre insu, sans rien analyser, nous éprouvions l'influence de son caractère sacré."
Maurice Barrès, La grande pitié des églises de France, Plon, édition définitive, 1925, p. 238-239.

vendredi 12 janvier 2024

Maurice Barrès, les communes champêtres et l'église

"Quel milieu agréable et salubre, nos communes champêtres telles que nous les ont faites les siècles ! Écoutez les bruits qui nous sont familiers et qui montent du village voisin, martelage de la forge, piétinement du troupeau, raclement de la chaîne sur la mangeoire, mélopée de l'école, causeries du foyer, son de la cloche, et je ne fais pas fi du tintement des verres au cabaret, ou, dans le Midi, du choc des quilles renversées par la boule sur la promenade. Tous ces bruits, d'inégale importance, montent, se réunissent, se confondent. C'est la rumeur du village français, animant les mirabelliers de Lorraine, les pommiers de Normandie, les oliviers de Provence. Et qui de nous ne l'aimerait ! Tout y est vrai, créé par le temps, chargé de sens. C'est une harmonie, c'est la somme des expériences accumulées par les générations. L'individu y trouve sa nourriture complète. Toutes les parties de l'âme y sont cultivées, menées quasi au point de perfection, juste assez loin de la barbarie, sans aller à ces raffinements qui ne tardent pas à débiliter une race. Les exemples du foyer, les habitudes du travail, les leçons de l'école, la doctrine et l'atmosphère de l'église, rien de tout cela n'est mauvais. Je l'accepte dans sa totalité. Mais certains veulent détruire l'église.
Que reprochent-ils à ces hauts murs qui de dressent au-dessus de nos champs ? Supposons qu'à une époque bien lointaine leur ombre ait été trop grande sur le village. Aujourd'hui qui, de bonne foi, peut prétendre qu'elle le gêne ? Elle contient quelque chose, elle met une réalité à notre disposition. Il y a des heures du jour, des sites, des solitudes, des malheurs qui sont des maîtres de vie intérieure, et qui nous font l'âme plus lourde, plus grave, plus vraie, mais l'église surpasse tous ces maîtres. Rien de vaut, si l'on manque de cœur, et c'est dans les poèmes de l'église qu'au village on se forme et se nourrit le cœur."
Maurice Barrès, La grande pitié des églises de France, Plon, édition définitive, 1925, p. 107-108.

mardi 9 janvier 2024

Maurice Barrès et le mobilier de l'église de Gugney-aux-Aulx, Vosges


Lamentation sur le Christ mort, descendu de la croix 
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détail du retable de l'autel latéral gauche de l'église Saint-Barthélemy
(photo JLJ c. 1974)

"Dans ce mois de janvier 1907, à vingt reprises j'ai ouvert le rapport que vient de nous donner la Commission du budget : l'inventaire des meubles les plus précieux qui garnissent nos édifices religieux. Les ennemis du catholicisme paraissent s'inquiéter du désastre d'art qu'ils ont organisé et M. Couyba nous énumère les vitraux, toiles, statues chasubles, reliquaires, etc., etc., dignes à son goût d'être sauvés.
La liste est fort incomplète pour les régions que je connais. Bien que la France soit le pays le plus dévasté de l'Europe, on y trouve beaucoup plus de fragments précieux que l'honorable rapporteur n'en dénombre. Il en convient, il va poursuivre son inventaire, il s'engage à classer, « avant le 11 décembre 1908, terme du délai fixé par la loi de séparation », tous les objets mobiliers qui, dans nos églises, « présentent, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt national ». Ce sont ses propres paroles qu'il souligne lui-même. Il nous appelle à l'aide. Faut-il le conseiller ? Dois-je lui dire : « Couyba, vous avez oublié Notre-Dame de Grâce qui décore le portail de la chapelle, au vieux cimetière de Charmes. Elle est du quinzième, je crois, et charmante de vérité, d'humilité... » J'en ai quelques scrupules, car si Couyba connaît une fois cette vierge, il la mettra dans un musée, n'importe où, et plus jamais elle ne portera dans sa main la première grappe noire des vignes de chez nous. Mais d'autre part, si Couyba l'oublie, les marchands la ramasseront et, de figure sainte, elle va devenir bibelot vénal. Tourne qui tourne, c'est destruction. Les objets que préfère Couyba seront déportés, exilés, et ceux qu'il dédaigne, vendus. Les uns comme les autres disparaîtront des lieux qui les produisirent. Je me détesterais de collaborer à cette œuvre de mort...
Me voici à quatre cents kilomètres de Paris, dans un canton vosgien recouvert de neige, et parmi des solitudes séparées de la Moselle par les collines où s'appuieront nos artilleurs dans la prochaine guerre. Là, Gugney dort au bas d'un coteau, parmi de verdoyants verges où repose tout l'ennui des villages lorrains. Et son éloignement des grandes voies explique qu'il subsiste dans cette retraite un trésor d'art antérieur aux ravages des soldats de Richelieu. J'admire Couyba de connaître Gugney-aux-Aulx, car j'avoue que j'y suis venu, pour la première fois en septembre dernier.
Septembre, c'est le mois où les femmes agenouillées trient les pommes de terre dans les champs ; leurs coiffes les abritent des derniers rayons de l'année ; les hommes sèment les labours, et déjà les marteaux retentissent sur les cuves de la vendange. Par cette fin d'un après-midi déjà court, je fus surpris, jusqu'à l'émotion, de découvrir dans la pauvre église les débris d'un vitrail précieux du seizième siècle, puis quatre colonnes renaissance sculptées et brodées avec une divine fantaisie païenne, puis de savants bas-reliefs donnant les scènes de la Passion (voir la photo ci-dessus), et enfin, auprès de ce décor d'une allure aristocratique, neuf statues en pierre, du quinzième, du seizième et du dix-septième siècle. (La plus ancienne est une Pietà, un groupe polychrome ; la plus touchante, une sainte Claire paysanne, figure large, pleine de force paisible.) Que d'âmes furent pressées pour produire ce point de spiritualité ! J'imagine que je touche le cœur de ces froides campagnes. Ces nobles débris, dans un musée de Paris, retiendraient peu le regard : ici leur valeur est inestimable. À la fois mystiques et classiques, ils valent par tout ce qu'ils enchaînent. Ils sont nés d'un mariage de ce canton avec la catholicité et accordent d'humbles forces locales avec un religieux universel. 
Ces images effritées, pareilles à des mots dits tout bas, qui réveillent et persuadent, je les écoutai longuement. Je me demandais quels aspects de l'âme ou de la nature ont été fixés dans ces formes vénérables ; je cherchais à ranimer en moi les sentiments que nos pères exprimaient par cette diversité de personnages glorieux. Hélas ! je ne prévoyais pas qu'il était dans ma destinée d'assister, impuissant, au milieu des législateurs de la France, à la déposition des saints et des saintes auxquels ma race avait promis l'éternité...
Le curé vint me rejoindre. Il me raconta qu'il, avait reçu, depuis un an, deux visites, celle d'un fonctionnaire des Beaux-Arts qui avait décidé de « classer » l'ensemble des sculptures, et celle d'un marchand de Dijon qui en avait offert 50 000 francs. Il me dit ensuite qu'un  Bassompierre (s'agit-il du fameux maréchal de France, si grand buveur et si bon conteur ?), au temps jadis, avait construit, à Gugney, un pavillon de chasse et fait venir une équipe, un atelier ambulant de sculpteurs qui profitèrent de l'occasion pour exécuter, ça et là, des travaux dont les vestiges embellissent encore Charmes et Brantigny.
Ainsi parla M. le curé. C'était me dire, en deux anecdotes, comment les œuvres d'art provinciales sont nées et comment elles meurent.
Ce qui subsiste du vide-bouteilles de M. de Bassompierre est devenu le presbytère. M. le curé voulut bien m'y recevoir. Il me fit reconnaître dans les trois petites pièces qu'il habite l'ancienne grande salle avec sa vaste cheminée encore intacte et son plafond aux poutres apparentes. Puis il me choisit sur un pied de vigne qui orne sa cour une grappe d'excellent raisin.
M. le curé n'est pas à même d'entretenir une église ; le budget municipal non plus. Quand les murs de l'église se lézarderont, les statues cultuelles seront évacuées dans un trésor de cathédrale et les colonnes, les bas-reliefs, le vitrail « dans un lieu public national ». C'est la loi. Pressons-nous de jouir des dernières heures de Gugney.
Durant l'automne, je suis revenu, plusieurs fois, auprès de cette beauté qui va mourir. Quand ce pays solitaire est noyé sous des nuances de tourterelle, c'est une féerie qu'un rayon de soleil d'octobre illuminant soudain les vergers et les herbages. J'aime la paix, le silence, la tristesse de ce village, où bruissent les noyers sous le vent. Je puis prier les images de son église. Il n'est pas nécessaire de posséder une foi parfaite pour prendre un plaisir de vénération devant l'image sereine de la foi... La sainte Claire de Gugney me ramène dans un étroit horizon, le mien, et mon esprit refoulé s'élève d'autant mieux vers le ciel. Je me livre aux immenses mouvements doux de la terre de Lorraine, je contemple ses villages égayés d'arbres à fruits, ses petits bois de hêtres, de charmes et de chênes, je m'énivre de sa lumière douce et noble qui met sur les premiers plans des couleurs de mirabelle et, sur les lointains, un mystère d'opale, de jeunesse et de silence. Je distingue dans la prairie les éphémères colchiques violets, dans la plaine les graves villages séculaires et, sur l'horizon, nos déesses, nos vertus lorraines, Prudence, Loyauté, Finesse, qui sont des personnes immortelles."
Maurice Barrès, La grande pitié des églises de France, Plon, édition définitive, 1925, p. 1-6.

dimanche 7 janvier 2024

Maurice Barrès, La grande pitié des églises de France



 Édition La Délégation des siècles

lundi 4 décembre 2023

il y a cent ans un maître venait de mourir

 "Un maître vient de mourir [ Maurice Barrès ] qui certes n'a pas dédaigné en lui les régions confuses, qui toujours a reconnu que l'artiste est tributaire de ces obscures profondeurs où lui-même s'est plus audacieusement égaré que personne, et qui nous a toujours ramenés, par-dessous les froides apparences, « au royaume ténébreux de l'enthousiasme ». Mais Barrès craint de s'y perdre et nous avec lui. C'est sa grandeur d'avoir su concilier les tendances antagonistes : abandon à l'instinct, culture de nos parties hautes. De quel autre aujourd'hui dirons-nous qu'il est grand ? Barrès mort, le chêne abattu, nous voyons l'espace de ciel que couvraient ses frondaisons, et nous nous rappelons ce qui est écrit aux premières pages de L'Appel du soldat : « Il faut élaguer en soi bien de la broussaille pour que notre bel arbre propre puisse étendre ses racines, se nourrir de toute notre vie et couvrir de ses branches dans l'univers la plus grande surface. » Au début de son dernier livre (Une enquête au pays du Levant) qui nous arrive, signé de lui, quinze jours après sa mort, Barrès nous avertit que « l'éducation de l'âme, c'est la grande affaire qui l'a préoccupé et attiré toute sa vie »...
François Mauriac, Examen de conscience, La Vie et la Mort d'un poète. Œuvres autobiographiques, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1990, p. 60-61.

Maurice Barrès est décédé il y a cent ans







Les cinq livres les plus récents sur Maurice Barrès
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Maurice Barrès 
(né à Charmes, Vosges, le 19 août 1862 - décédé à Neuilly-sur-Seine le 4 décembre 1923)

lundi 12 septembre 2022

Maurice Barrès et Erckmann-Chatrian

"En février 1897, après avoir comparé l'œuvre d'Erckmann-Chatrian à l'œuvre de Mistral, j'écrivais :
"Les circonstances ont fait de la région de Nancy la dépositaire momentanée de bien des gloires qu'elle devra par la suite restituer. Quand Émile Erckmann, le grand conteur d'Alsace et de Lorraine, aura accompli sa destinée, nous lui élèverons un monument dans le jardin de Nancy auprès des Claude Gelée, des Verlaine, des Goncourt, - si d'ici-là toutefois Phalsbourg, la ville militaire, ne lui est pas rouverte. Ah ! quelle belle fête, alors!..."
Cette fête, c'est le dimanche 10 septembre [1922] que nous allons la célébrer. Nous inaugurerons , dans la petite et glorieuse cité lorraine de Phalsbourg, une pierre en l'honneur de l'œuvre qui, signée des deux écrivains lorrains, a fait connaître au monde entier les pensées qui animaient la France de l'Est dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Les livres d'Erckmann-Chatrian attestent avec quelle unanime énergie les populations des cols des Vosges, gardiennes du seuil français, avaient fait leur choix entre les civilisations germanique et française.
Je vois bien que l'œuvre d'Erckmann-Chatrian, en un certain sens, appartient aux premières vagues de l'humanitarisme et qu'elle a été exploitée, dans le Second Empire, pour faire échec à la réorganisation militaire projetée par le maréchal Niel, mais une telle œuvre,  composée de récits recueillis sur place, inspirés et pour ainsi dire dictés par les populations des Vosges, a une portée bien autrement profonde que celle que croyaient lui donner ses auteurs eux-mêmes, et c'est son efficacité éternelle que, au-delà de l'actualité d'une époque, j'aime de tout mon cœur et proclame salutaire. Ces pays de la Sarre, de la Moselle et du Rhin, les uns rattachés à la France, les autres à la Prusse, sont éternellement balancés entre de puissantes attractions. Mais lisez Madame Thérèse, vous connaîtrez où va spontanément le cœur de ces régions. Un médecin, un menuisier, un lutteur, un preneur de taupes, des paysans sont à table dans une petite ville du Palatinat. C'est en 1792. A la fin de ce banquet, un des assistants demande ce qu'est cette République française contre laquelle se coalisent les rois. Mme Thérèse répond : "La France, au moment où elle doit armer tous ses fils pour sa défense, consacre le meilleur de ses réserves, cinquante-quatre millions, avec le regret de ne pouvoir faire plus, à l'instruction du peuple, afin que tous ses fils soient en état d'arriver par leur travail à la situation que leur permet leur mérite." Alors, un des paysans se lève et dit : "Elle a fait cela la France ! Qu'elle soit bénie." Sainte bénédiction qui trace leur mission aux drapeaux de la France sur le Rhin. Ils sont protecteurs des humbles et favorisent le travail.
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J'ajouterai que le grand Sainte-Beuve se faisait relire souvent certains chapitres de L'Illustre Docteur Mathéus et du Joueur de clarinette [Confidences d'un joueur de clarinette], et que Lamartine, après avoir lu Le Conscrit de 1813, en prophétisa l'immortalité comme il avait fait après avoir lu Mireille [de Mistral].
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Erckmann-Chatrian ont su nous dire ce qui avait été accumulé en eux par leurs pères, par tous les soldats alsaciens et lorrains de la Révolution et de l'Empire. Ils nous transmettent le songe de toute une génération. Comme c'est beau de traverser ainsi la vie en portant sur ses épaules l'âme des morts et d'être leur délégué, leur messager vers l'avenir. À chacun son fardeau ! dit le vieux dicton des Lorrains. Mais le plus beau, c'est celui des Erckmann et des Mistral qui portent d'une rive à l'autre une charge divine. Si j'avais à me choisir un ex-libris, j'aimerais  que l'artiste me donnât un saint Christophe. Quel symbole émouvant de la plus belle mission."

Maurice Barrès, "Phalsbourg va glorifier Erckmann-Chatrian", dans L'Echo de Paris, 3 septembre 1922.

dimanche 22 novembre 2020

Mercure et Rosmerta


 Stèle représentant Mercure et Rosmerta
époque gallo-romaine, calcaire, provenance : Metz, Sablon
Musée de la Cour d'Or - Metz
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Mercure tient le caducée de sa main gauche et la déesse celtique Rosmerta (la grande pourvoyeuse) une corne d'abondance.
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"Ici, jadis, du temps des Celtes, la déesse Rosmertha sur la pointe de Sion faisait face au dieu Wotan, honoré sur l'autre pointe à Vaudémont. C'étaient deux parèdres, deux divinités jumelles. Wotan étayait Rosmertha, et l'un et l'autre protégeaient la plaine. La déesse à la figure jeune, aux cheveux courts, au sein nu, s'est évanouie ; elle fut chassée par la Vierge qui allaite l'Enfant-Dieu, cependant que les seigneurs de Vaudémont bâtissaient leur maison forte sur l'ancien sanctuaire de Wotan. Mais Notre-Dame de Sion et les comtes de Vaudémont restèrent, l'un envers l'autre, dans les mêmes rapports où avait vécu le couple primitif des deux parèdres celtiques. Ceux-ci s'étaient entraidés pour protéger le vieux peuple des Leukes, et les comtes de Vaudémont, proclamant Notre-Dame de Sion souveraine du comté, mirent leur couronne sur la tête de l'image vénérée. De telle sorte qu'à travers les siècles la pensée de la montagne s'est déroulée et s'est amplifiée sans que la tradition fût rompue."
Maurice Barrès, La Colline inspirée.

jeudi 20 février 2020

un passage de Charles Péguy sur Maurice Barrès

"Vous êtes un exemple éclatant de ce que disait Barrès dans son Adieu à Moréas, le 2 avril de cette année 1910, au Cimetière du Père-Lachaise, que le romantique et le classique ne sont point forcément,  ne sont point toujours des étrangers l'un à l'autre, mais que le romantique peut, sous certaines conditions de culture, s'effectuer, s'achever, se couronner en classique.
Vous ne me pardonnez pas seulement, mon ami, de vous citer du Barrès ; vous vous en réjouissez dans votre cœur. La séparation, dit admirablement Halévy dans ce si beau morceau d'histoire qu'est son apologie pour notre passé, - la séparation se fit en un instant. À l'intérieur de la bourgeoisie parisienne. - (de la bourgeoisie parisienne, mon cher Halévy, tout notre débat est là), - seule capable de saisir promptement une affaire si nombreuse en ses détails, subtile en ses nuances, chaque famille fut en peu de jours à son poste, sûre de ses manœuvres et retranchée derrière ses portes closes. Car Paris a ses familles comme Florence eut les siennes, et ses maisons non couronnées de tours n'en abritent pas moins des factions guerrières. Votre maison, mon enfant, était contre la maison de Barrès. Violemment contre. Mais dix ans plus tard dans ce court séjour que vous fîtes à Paris je sais combien vous l'aimez et admirez comme écrivain, combien vous aimez et admirez son œuvre ; et pendant ce court séjour que vous fîtes vous avez éprouvé par un acte, par le décernement d'un acte, combien il aimait votre livre."

Charles Péguy, Victor-Marie, comte Hugo, Œuvres en prose, 1909-1914, Bibliothèque de la Pléiade, 1957, p. 832-833.

jeudi 13 février 2020

les reproches de Marcel Proust à l'encontre de Maurice Barrès

Les reproches justifiés de Marcel Proust à l'encontre de Maurice Barrès au sujet de l'affaire Dreyfus :

"Une solennelle réconciliation ce soir chez les Noailles, entre moi et Barrès, à qui je n'ai pas mâché de dures vérités, politiques et morales. Mais il les a fort bien prises et a été très gentil. Et successivement, pour Bouvier, pour Picquart, pour Labori, m'a donné des excuses - non valables d'ailleurs - de sa conduite."
Marcel Proust, Correspondance avec sa mère, collection 10/18, 2019, p. 300, lettre de décembre 1904.  

mardi 12 mars 2019

le marquis Maurice de Vaudémont

Dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust nous voyons apparaître, lors de la fin du séjour  du Narrateur et de sa grand-mère à Balbec, un personnage appelé "le marquis Maurice de Vaudémont".
Ce marquis Maurice de Vaudémont ne serait-il pas une allusion à Maurice Barrès ?  Peut-être une pique ironique envers l'auteur d'Amori et dolori sacrum ?

Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche classique, 1992, p. 592.

lundi 25 février 2019

Marcel Proust, L'église de village

"L'admirable auteur du vrai  << Génie du Christianisme >>  - je veux dire Maurice Barrès - va sans doute trouver un redoublement d'écho pour son appel en faveur des églises de village : c'est, en effet, le moment où reprennent contact avec le leur, beaucoup d'entre nous. Et  à ceux même qui ne passeront pas leurs vacances dans les lieux où ils ont grandi, les réminiscences de la saison feront revivre le temps où ils allaient se reposer chaque année au pied de leur église."
Marcel Proust, "L'Église de village", dans Le Figaro, 3 septembre 1912, p. 1, premier paragraphe de l'article.

Le 6 janvier 1910 Maurice Barrès publie dans L’Écho de Paris un article sur "La démolition des églises" qui marque le début  de sa campagne qu'il mènera pour le sauvetage des églises menacées de ruine. Le 16 janvier 1911 Maurice Barrès prononce à la Chambre des députés un discours "pour les églises". Enfin, en 1914, il publiera chez Émile-Paul La grande pitié des églises de France.
Sur le thème des églises monuments, il y avait accord entre eux, puisque Marcel Proust avait déjà fait paraître dans Le Figaro du 16 août 1904 l'article "La mort des cathédrales" à la suite de la loi de Séparation de 1904. Marcel Proust a toujours aimé visiter des églises, notamment celles de d'Île-de-France, Normandie et de Picardie (s'agenouiller devant les pierres d'Amiens), pour comprendre et sentir  leurs glorieux porches, absides, reliefs, statues et vitraux .

mardi 31 juillet 2018

le château Renaissance d'Étreval, Meurthe-et-Moselle










La façade antérieure du château d’Étreval construit pour François de Tavagny
fin de la quatrième décennie du XVIe siècle
Étreval, Meurthe-et-Moselle
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"Étreval !... M. Hayes !... Souvenirs lointains, mots magiques ! Ils ranimèrent Léopold et lui donnèrent de l'imagination.
Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas vu une arrivée aussi romanesque, la charmante ruine Renaissance, aux fenêtres sculptées de feuillages et de fruits, qui couronne la hauteur d'Étreval. Elle put frémir joyeusement, à l'apparition de ce cheval efflanqué et de ce jeune paysan qui lui amenait en croupe le plus vieux et le plus étrange rêveur de cette terre. Jamais Walter Scott, le chantre des races opprimées, n'imagina un rendez-vous nocturne plus romantique que celui de ces vieilles pierres déchues et de ce représentant des antiques chimères."
Maurice Barrès, La Colline inspirée, édition critique de Joseph Barbier, Sarreguemines, Éditions Pierron, 1985, p. 311.

Gérard Crouzier, "François de Tavagny, l'homme de la Renaissance en Lorraine", dans La Nouvelle Revue Lorraine, n° 67, 2e trimestre 2023, p. 15-16.

mardi 30 janvier 2018

silence !



"Il y a toujours, dans le silence, de l'inattendu, une beauté qui surprend, certaine tonalité qu'on goûte avec la finesse d'un gourmet, un repos au goût exquis que seuls savent apprécier à son juste prix les ennemis du tapage. Le silence, pour les gens qui le chérissent, paraît toujours neuf.
N'allant jamais de soi, il advient comme mû par une force intérieure. Le silence se dépose. C'est un mouvement avec une épaisseur qui s'élargit vers nous, en ami. Son intensité se module en permanence, une qualité particulière de l'air où l'oreille caressée s'ouvre sans réserve."
Jean-Michel Delacomptée

"Ici l'immense horizon imprévu, la griserie de l'air, le désir de retenir tant d'images si pures et si pacifiantes obligent à faire halte... On passerait des heures à entendre le vent sur la friche, les appels lointains d'un laboureur à son attelage, un chant de coq, l'immense silence, puis une reprise du vent éternel."
Maurice Barrès

samedi 16 janvier 2016

Claude Gellée et Maurice Barrès

Combien de fois je suis allé, par la prairie, de Charmes à Chamagne ! Les premiers éléments dont Claude fit son œuvre  reposent toujours sur cette nature. Le matin, le soir, dans la belle saison, j'ai suivi le mince sentier des pâquis, le long de la Moselle, au milieu des saules et près des grèves blanches où la fraîche rivière étincelle et frissonne. Indéfiniment, aux deux rives, sur une largeur de cinq cents à mille mètres, les près se développent, où s'élèvent des petits bois et des bosquets. Je n'y rencontre nul passant, rien que des vaches paisibles, surveillées par un petit Claude Gellée. Et seul l'adjectif immaculé peut rendre la fraîcheur de l'air, la limpidité de l'eau, la jeunesse de ces verdures qu'aucune poussière ne gâte et la noblesse de ce paysage un peu sobre. Grâce, douceur, virilité pourtant. Que cette beauté de la Moselle attendrit le cœur ! C'est sur de telles matinées suaves que s'est formée, composée, je voudrais dire moulée l'âme encore molle du jeune Claude Gellée.

Allez une fin de journée, vers quatre heures, à la lumière douce, au Louvre. Aimez sa Vue d'un port de mer, cette lumière prodigieuse, cet équilibre, ce calme ; David sacré roi par Samuel, ce tableau des montagnes romaines simplifiées, épurées ; un crépuscule sur la mer qui frissonne, c'est toute mon arrivée à Tartous, en vue de l'île de Ruad, quand j'arrivais au désert. Quelle heure triste, inoubliable, où notre vie, entre la mer et le désert, avec son frisson de fièvre, ne vaut pas plus qu'un moucheron dans la nuit ! Le Port de mer au soleil couchant, c'est sublime. Cela nous met en rapport avec plus grand que nous, avec la source de toute beauté, et pour finir, Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, au-dessus de quoi il n'y a rien. Que Tarse, où je suis allé chercher Cléopâtre, m'a paru mince et m'a serré le cœur, parce que j'y cherchais la lumière de Claude Gellée dont l'irrésistible puissance nous envahit tout l'être !


Claude Gellée, Le Pont de bois

Je me figure que toutes les émotions qu'il a gravées dans cette série d'estampes, il les avait connues au bord de la Moselle, de Charmes à Chamagne. Pour moi, elles traduisent avec une fidélité absolue mon plaisir.
En les regardant, je respire plus largement, mes yeux sont baignés, apaisés. Je me sens plus harmonisé.
Le bouvier (huitième des gravures du Liber Veritatis). C'est si bien nos pâquis Naville que je suis piqué par les moustiques.
La danse au bord de l'eau (dixième), plus belle à cause des chèvres, me plaît moins.
La danse sous les arbres. Ils ont le rythme de cette nature, soit. Mais moi, je suis la bête à l'écart qui les regarde et qui jouit de l'ensemble.
Le troupeau à l'abreuvoir. Quand j'enviais les bons bœufs, les bonnes vaches qui se désaltèrent à pleine eau, le mufle tout ruisselant...
Le bouvier. Mais c'est la ferme même du Saulcy avec ses grands arbres, sa prairie, son bosquet, ses moustiques !
La danse sous les arbres. C'est un épisode de la Saint-Pierre à Essegney.
Le pont de bois. Encore un épisode de mes promenades. Le trouverons-nous ? Faudra-t-il se déchausser ?
Et que de fois, dans ces interminables promenades d'été, j'ai regretté l'âne de La Fuite en Égypte !

Maurice Barrès, " L'Automne à Charmes avec Claude Gellée" (pages interrompues), dans Le Mystère en pleine lumière, Romans et Voyages tome II, Robert Laffont, collection Bouquins, 1994, p. 875-876, 887, 895-896.