mardi 28 décembre 2021

Nicolas Sébastien Adam, Apollon et la sibylle de Cumes


 Nicolas Sébastien Adam (Nancy, 1705 - Paris, 1778), Apollon et la sibylle de Cumes
vers 1753, pierre
Exposition Les Adam. La Sculpture en héritage
18 septembre 2021 - 9 janvier 2022
Musée des Beaux-Arts - Nancy
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Apollon, assis sur une née et tenant sa lyre dans la main droite, converse avec la sibylle de Cumes. Celle-ci, s'étant vue promettre tout ce qu'elle souhaitait par le dieu amoureux, saisit une poignée de poussière et demande à vivre autant d'années que le nombre que les grains posés dans sa main.
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La Sibylle [de Cumes] se retourne en poussant de profonds soupirs ; puis elle répond : "je ne suis pas une déesse, mais une mortelle qui ne mérite pas que tu brûles [Énée] en son honneur l'encens sacré. Apprends à me mieux connaître ; j'aurais reçu le don d'une vie éternelle, indéfinie, si j'avais sacrifié ma virginité aux désirs de Phébus [Apollon]. Il espérait bien me la ravir et brûlait de me séduire par des présents ; "Vierge de Cumes, me dit-il, exprime un vœu, celui que tu voudras ; il sera exaucé." Moi, je ramassai une poignée de poussière et la lui montrai ; je souhaitai follement autant d'années de vie que cette poignée contenait de grains de poussière. je ne songeai pas à demander que toutes ces années fussent jusqu'au bout des années de jeunesse. Et pourtant il m'aurait bien accordé en même temps une jeunesse éternelle, si j'avais consenti à céder à Vénus. Ayant dédaigné les offres de Phébus, je suis restée vierge. Mais maintenant l'âge heureux m'a tourné le dos et j'ai vu venir à moi, de son pas tremblant, la triste vieillesse, qu'il me faudra subir longtemps encore. J'ai déjà vécu, telle que tu me vois, sept siècles et, pour parfaire le nombre des grains de poussière, il me reste à voir trois cents moissons, trois cents vins nouveaux. Un temps viendra où une aussi longue suite de jours raccourcira ma haute taille, où mes membres usés par la vieillesse seront réduits à un poids misérable, alors on ne pourra croire que j'aie jamais été aimée et que j'aie pu plaire à un dieu ; et qui sait ? Phébus lui-même ne me reconnaîtra pas, ou bien il niera m'avoir chérie, tant on me trouvera changée ; quand je serai invisible à tous, on me reconnaîtra encore à ma voix ; c'est tout ce que les destins me laisseront."
Ovide, Les Métamorphoses, Folio Classique Gallimard, 1992, p. 450-451.

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