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jeudi 22 janvier 2026

attentat contre Retz, coincé entre les deux battants d'une porte

"Comme je sortais de la Grande Chambre, je rencontrai, dans le parquet des huissiers, M. de la Rochefoucauld, qui rentrait. Je n'y fis point de réflexion, et j'allai dans la salle pour prier mes amis de se retirer. Je revins après le leur avoir dit ; et comme je mis le pied sur la porte du parquet, j'entendis une fort grande rumeur, dans la salle, des gens qui criaient : « Aux armes ! » Je me voulus retourner pour voir ce que c'était ; mais je n'en eus pas le temps, parce que je me sentis le cou pris entre les deux battants de la porte, que M. le la Rochefoucauld avait fermée sur moi, en criant à MM. de Coligni et de Ricousse de me tuer. Le premier se contenta de ne pas le croire ; le second lui dit qu'il n'en avait point d'ordre de Monsieur le Prince [Condé]. Montrésor, qui était dans le parquet des huissiers, avec un garçon de Paris appelé Noblet, qui m'était affectionné, soutenait un peu un des battants, qui ne laissait pas de me presser extrêmement. M. de Champlâtreux, qui était accouru au bruit qui se faisait dans la salle, me voyant en cette extrémité, poussa avec vigueur M. de la Rochefoucauld : il lui dit que c'était une honte et une horreur qu'un assassinat de cette nature ; il ouvrit la porte et il me fit entrer. [...] 
Deux ou trois criailleurs de la lie du peuple, du parti de M. le Prince, qui n'étaient arrivés dans la salle que comme j'en ressortais, s'avisèrent de crier, en me voyant de loin : « Au Mazarin ! » Beaucoup de gens du même parti, et Chavagnac entre autres, m'ayant fait civilité lorsque je passai, et m'ayant témoigné joie de l'adoucissement qui commençait à paraître, deux gardes de Monsieur le Prince, qui étaient aussi fort éloignés, mirent l'épée à la main. Ceux qui étaient les plus proches de ces deux premiers crièrent « Aux armes ! » Chacun les prit. Mes amis mirent l'épée et le poignard à la main ; et, par une merveille qui n'a peut-être jamais eu d'exemple, ces épées, ces poignards et ces pistolets demeurèrent un moment sans action ; et, dans ce moment, Crenan, qui commandait la compagnie de gendarmes de M. le prince de Conti, mais qui était aussi de mes anciens amis, et qui se trouva, par bonheur, en présence avec Laigue, avec lequel il avait logé dix ans durant, lui dit : « Que faisons-nous ? nous allons faire égorger Monsieur le Prince et Monsieur le Coadjuteur. Schelme [coquin, en allemand] qui ne remettra l'épée dans le fourreau ! » Cette parole, proférée par un des hommes du monde dont la réputation pour la valeur était la plus établie, fit que toute le monde, sans exception, suivit son exemple."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 553-554.

jeudi 8 janvier 2026

la première haine de La Rochefoucauld pour le cardinal de Retz

"Noirmoutier, qui avait été fait la veille lieutenant général, sortit avec cinq cents chevaux de Paris pour pousser des escarmoucheurs des troupes que nous appelions du Mazarin, qui venaient de faire le coup de pistolet dans les faubourgs. Comme il revint descendre à l'Hôtel de Ville, il entra avec Matha, Laigue et la Boulaie, encore tous cuirassés, dans la chambre de Mme de Longueville, qui était toute pleine de dames. Ce mélange d'écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons, qui étaient dans la salle, des trompettes qui étaient dans la place, donnait un spectacle qui se voit plus souvent dans les romans qu'ailleurs. Noirmoutier, qui était grand amateur de l'Astrée [d'Honoré d'Urfé], me dit : « Je m'imagine que nous sommes assiégés dans Marcilli. — Vous avez raison, lui répondis-je : Madame de Longueville est aussi belle que Galatée ; mais Marcillac (M. de la Rochefoucauld le père n'était pas encore mort) n'est pas si honnête homme que Lindamor. » Je m'aperçus, en me retournant, que le petit Courtin, qui était dans une croisée, pouvait m'avoir entendu : c'est ce que je n'ai jamais su au vrai ; mais je n'ai pu aussi jamais deviner d'autre cause de la première haine que M. de la Rochefoucauld a eue pour moi."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 151-152.
Michel Pernot, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, 1994, p. 118-119. La scène se passe le le 11 janvier 1649.

Dans le roman de l'Astrée d'Honoré d'Urfé, Marcilly est la capitale du Forez, actuellement Marcilly-le-Châtel, Loire. 


Amasis reçoit les vainqueurs de Polémas dans la grande salle du château. Lindamor, un genou à terre, lui indique la tête de Polémas que tient son écuyer. Les nymphes d’Amasis et une cour nombreuse acclament les héros. 
Gravure de Jacques Rigaud (1680-1754)

"Polémas, contrarié une nouvelle fois dans son dessein d'épouser Galathée, mais aussi jaloux du crédit d'Adamas auprès de la reine Amasis, a décidé d'envahir le Forez avec une puissante armée dont les rangs ont été grossis par les troupes des rois voisins [...] Commence alors le siège de Marcilly, capitale du Forez, dont la résistance inattendue provoque la colère de Polémas. [...] Dans la suite et conclusion de Baro [secrétaire d'Honoré d'Urfé] formant le cinquième volume, le siège de Marcilly s'achève avec un combat singulier au terme duquel Polémas est tué par le chevalier Lindamor."
Honoré d'Urfé, L'Astrée, première partie, Paris, Champion Classiques, Honoré Champion, 2011, p. 26. Le neuvième livre de la première partie raconte l'Histoire de Galathée et Lindamor.

vendredi 2 janvier 2026

ravitailler Paris assiégé, en février1649, pendant la Fronde

"[Le 19 février 1649] Noirmoutier sortit [de Paris] avec deux mille chevaux pour amener à Paris un convoi de cinq cents charrettes de farines, qui était à Brie-Comte-Robert, où nous avions garnison. Comme il eut avis que le comte, depuis maréchal de Grancei, venait du côté de Lagni pour s'y opposer, il détacha M. de la Rochefoucauld [l'auteur des Maximes] avec sept escadrons, pour occuper un défilé par où les ennemis étaient obligés de passer. M. de la Rochefoucauld, qui avait plus de cœur que d'expérience, s'emporta de chaleur : il n'en demeura pas à son ordre, il sortit de son poste, qui lui était très avantageux, et il chargea les ennemis avec beaucoup de vigueur. Comme il avait affaire à de vieilles troupes et qu'il n'en avait que de nouvelles, il fut bientôt renversé. Il y fut blessé d'un fort grand coup de pistolet dans la gorge. Il y perdit Rosan, frère de Duras ; le marquis de Silleri, son beau-frère, y fut pris prisonnier ; Rachecour, premier capitaine de mon régiment de cavalerie, y fut fort blessé ; et le convoi était infailliblement perdu, si Noirmoutier ne fût arrivé avec le reste des troupes. Il fit filer les charrettes du côté de Villeneuve-Saint-Georges ; il marcha avec ses troupes en bon ordre par le grand chemin du côté de Grois-Bois, à la vue de Gracei, qui ne crut pas devoir hasarder de passer le pont Iblon devant lui. Il rejoignit son convoi dans la plaine de Creteil, et il l'amena, sans avoir perdu une charrette, à Paris, où il ne rentra qu'à onze du soir."
 "Le même jour, 24 de février [1649], nous eûmes avis que Monsieur le Prince [Condé] avait fait dessein de jeter dans la rivière toutes les farines de Gonesse et des environs, parce que les paysans en apportaient en fort grande quantité, à dos, dans la ville. Nous le prévînmes. L'on sortit avec toutes les troupes, entre neuf et dix du soir. L'on passa toute la nuit en bataille devant Saint-Denis, pour empêcher le maréchal du Plessis, qui était avec huit cents chevaux, composés de la gendarmerie, d'incommoder notre convoi. L'on prit tout ce qu'il y avait de chariots, de charrettes et de chevaux dans Paris. Le maréchal de La Mothe se détacha avec mille chevaux ; il enleva tout ce qu'il trouva à Gonesse et dans le pays, et il rentra dans la ville sans avoir perdu un seul homme, ni un seul cheval. Les gendarmes de la Reine donnèrent sur la queue du convoi ; mais ils furent repoussés par Saint-Germain d'Achon ,jusqu'à la barrière de Saint-Denis."
"[Le 26 février 1649] Noirmoutier sortit de Paris avec quinze cents chevaux, y amena ce jour-là , de Dammartin [Dammartin-en-Goële] et des environs, une quantité immense de grain et de farines. Monsieur le Prince ne pouvait être partout : il n'avait pas assez de cavalerie pour occuper toute la campagne, et toute la campagne favorisait Paris. L'on y apporta, dans ces deux derniers jours, plus de blé qu'il n'en fallut pour le maintenir six semaines. La police y manquait, par la friponnerie des boulangers et par le peu de soin des officiers."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 182, 194 et 196.
Michel Pernot, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, 1994, p. 119-123.