Plus j'approchais de la Suisse
----------------------------------
"Plus j'approchais de la Suisse, plus je me sentais ému. L'instant où, des hauteurs du Jura je découvris le lac de Genève fut un instant d'extase et de ravissement. La vue de mon pays, de ce pays si chéri où des torrents de plaisir avaient inondé mon coeur; l'air des Alpes si salutaire et si pur; le doux air de la patrie, plus suave que les parfums de l'Orient; cette terre riche et fertile, ce paysage unique, le plus beau dont l'oeil humain fut jamais frappé; ce séjour charmant auquel je n'avais rien trouvé d'égal dans le tour du monde; l'aspect d'un peuple heureux et libre; la douceur de la saison, la sérénité du climat; mille souvenirs délicieux qui réveillaient tous les sentiments que j'avais goûtés; tout cela me jetait dans des transports que je ne puis décrire, et qui unissait pour ainsi dire le cours de ma vie entière en un seul moment."
Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, Œuvres complètes, tome I, quatrième partie, lettre VI, p. 419.
Dans ce beau paragraphe, Jean-Jacques Rousseau réussit l'intime fusion du souvenir et du paysage. La troisième phrase est superbe, scandée par les points-virgules. Et le dernier morceau de la troisième phrase rappelle Proust (Le Temps retrouvé).
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire