dimanche 16 mai 2021

Le Bernica, George Sand et Leconte de Lisle

Cette île conique [La Réunion, autrefois Bourbon] est fendue vers sa base sur tout son pourtour, et recèle dans ses embrasures des gorges profondes où les rivières coulent leurs pures et bouillonnantes  ; une de ces gorges s'appelle Bernica. C'est un lieu pittoresque, une sorte de vallée étroite et profonde, cachée entre deux murailles de rochers perpendiculaires, dont la surface est parsemée de bouquets d'arbustes saxatiles et de touffes de fougère.
Un ruisseau coule dans la cannelure formée par la rencontre des deux pans. Au point où leur écartement cesse, il se précipite dans des profondeurs effrayantes et forme, au lieu de sa chute, un petit bassin entouré de roseaux et couvert d'une fumée humide. Autour de ses rives et sur les bords du filet d'eau alimenté par le trop-plein du bassin, croissent des bananiers, des letchis et des orangers, dont le vert sombre et vigoureux tapisse l'intérieur de la gorge.
George Sand, Indiana, Folio Gallimard, 2020, p. 255-256.

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Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier,
Qui, dès le premier jour, n'a connu que peu d'hôtes ;
Le bruit n'y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l'homme : on y peut oublier.

La liane y suspend dans l'air ses belles cloches
Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis ;
Un rideau d'aloès en défend les approches ;
Et l'eau vive qui germe aux fissures des roches
Y fait tinter l'écho de son clair cliquetis. 
.   .   .   .   .   .  .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
Leconte de Lisle, Le Bernica, Poèmes barbares. 

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