vendredi 30 avril 2021

Salomon Certon, Le jardin merveilleux

Or dehors, le jardin près de la grande porte
Était environné de grande muraille forte,
Contenant quatre arpents d'espace grand et beau,
Planté d'arbres épais tous tirés au cordeau.
Qui partout le verger et croissent et fleurissent.
Les fruits délicieux sous les feuilles murissent,
La poire, l'abricot jaunement rougissant,
Le sucré courpandu, le raisin noircissant,
L'olive au fruit amer et à la liqueur douce,
Et le large figuier sa douce figue y pousse,
Et dix mille bons fruits sans cesse y pendillaient.
Jamais tant en hiver qu'en été n'y faillaient,
Les feuilles y gardaient leur honneur perdurable,
Et le suc doucereux n'y était périssable.
Toujours le doux Zéphyr y soufflant gracieux
Y fait croître et murir le fruit délicieux :
La poire suit la poire, et la fleurante pomme
Qui n'y manque jamais sort soudainement, comme
Sa compagne a muri, qui sitôt ne murit
Comme tout aussitôt une autre après fleurit :
Ainsi ces fruits sans fin l'un en l'autre vieillissent.
Les poires tout ainsi sur les poires fleurissent,
À la figue se tient la figue et le raisin
Se vieillit, renaissant le raisin son voisin,
Et ceux-ci les derniers fleurissaient à grand peine
Qu'à ceux-là la vieillesse était toute certaine.
La vigne verdoyante, abondante y croissait
Ses racines sous terre étendait et poussait,
Le raisin plaisamment sous la verge se range
Et sans cesse y promet éternelle vendange :
On voit l'une à l'abri se murir vitement,
Quand son fruit est cueilli l'autre soudainement
Se laisse vendanger : fruits en grande abondance 
Croissent en ces jardins et bons par excellence,
Et tout le long de l'an on les voit à plaisir
Porter autant de fruits comme en veut le désir.

Salomon Certon, L'Odyssée d'Homère, chant VII, vers 112-128 du texte grec, Paris, 1604.
Courpandu, court-pendu, variété de pomme reinette, rouge et à courte queue.

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