mercredi 3 mars 2021

La mort de Sarpédon dans l'Iliade d'Homère

 
 
 Euphronios, La mort de Sarpédon
cratère en calice attique, vers 510
© Metropolitan Museum, New York
 
A. et H. Metzger, Jean-Pierre Sicre, La Beauté nue. Quinze siècles de peinture grecque, Paris, Éditions Phébus, 1984, p. 143.
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Junon fit cette répartie. Cruel Jupiter quelle parole venez-vous de dire ? Pensez-vous délivrer de mort celui que les destinées ont rendu mortel, et duquel le sort a limité les jours ? Faites-en ce que vous jugerez bon ; toutefois les autres Dieux ne s'y accorderons jamais. Je vous dirai autre chose, si vous renvoyez Sarpedon en Licie pour éviter les malheurs de sa constellation, et que vous le fassiez vivre plus longtemps  que sa fatalité, il n'y a pas un des autres Dieux qui ne veuille faire le même pour son fils, et qui ne le retire de la mêlée, afin de lui prolonger le cours de ses ans. Plusieurs fils des Dieux immortels sont à présent en la bataille et au siège de Troye : ils se pourront courroucer, si vous ne leur permettez de faire la même faveur à leur fils que vous faites au vôtre. Si d'aventure vous aimez passionnément Sarpedon, et que vous ayez compassion de sa disgrâce, laissez-le occire par les mains de Patrocle, et après qu'il aura rendu l'esprit envoyez-le ainsi endormi pour jamais en Licie, afin que ses frères et ses citoyens lui dressent un mausolée pour servir de mémoire à la postérité, érigeant une colonne à sa louange : car c'est en cela qu'on remarque la gloire des morts.
Du Souhait, L'Iliade d'Homère, prince des poètes, Paris, 1627, livre seizième, p. 555.

Et la vénérable Hèrè aux yeux de bœuf lui répondit :
- Redoutable Kronide, quelle parole as-tu dite ? Tu veux affranchir de la triste mort un homme mortel depuis longtemps voué au destin ? Fais-le, mais nous tous, les Dieux, nous t'approuverons pas. Je te dirai ceci, et retiens-le dans ton esprit : Si tu envoies Sarpèdôn vivant dans ses demeures, songe que, désormais, chacun des Dieux voudra aussi sauver un fils bien-aimé de la rude mêlée. Il y a, en effet, beaucoup de fils de Dieu qui combattent autour de la grande ville de Priamos, de ces Dieux que tu auras irrités. Si Sarpèdôn t'est cher et que ton cœur le plaigne, laisse-le tomber dans la rude mêlée sous les mains du Ménoitiade Patroklos ; mais dès qu'il aura rendu l'âme et la vie, envoie Thanatos et le doux Hypnos afin qu'ils le transportent chez le peuple de la grande Lykiè. Ses parents et ses concitoyens l'enseveliront, et ils lui élèveront un tombeau et une colonne ; car c'est là l'honneur des morts.
Homère, L'Iliade, traduction de Leconte de Lisle, 1867, rhapsôdie XVI, p. 300.

Elle lui répondit, la souveraine Héra Œil de Vache :
"Terrible Kronide, quelle parole as-tu prononcée ?
C'est un mortel, depuis longtemps marqué par le sort,
Et tu veux le délivrer de la mort au nom sinistre ?
Fais-le. Mais nous, les autres dieux, nous t'approuverons pas.
Ce que je vais dire d'autre, mets-le toi dans l'esprit :
Si tu renvoies Sarpédon vivant chez lui,
Fais attention : il y aura un dieu ou un autre
Pour renvoyer son fils loin du triste combat.
Ils sont nombreux à se battre sous la ville de Priam
Les fils d'immortels, que tu vas mettre dans une colère terrible.
Si tu l'aimes bien, si ton cœur gémit,
Laisse-le dans ce triste combat,
Périr sous la main de Patrocle Ménoitiade ;
Puis quand son âme, avec la vie, l'aura quitté,
Envoie Mort avec le doux Sommeil l'emporter
Jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la vaste Lycie,
Où ses frères et ses cousins lui feront l'honneur
D'une tombe et d'une stèle ; tel est le droit des morts."
Homère, Iliade, traduction en vers libres de Jean-Louis Backès, Folio Classique Gallimard, 2013, p. 369, vers 439-457.

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