samedi 27 février 2021

Thétis lui toucha le menton de la main droite


Dominique Ingres, Jupiter et Thétis, 1811
 © Musée Granet - Aix-en-Provence
(dans le tableau Thétis touche le menton de Jupiter de la main gauche)
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"Quand Eôs reparut pur la douzième fois, les Dieux qui vivent toujours revinrent ensemble dans l'Olympos, et Zeus marchait en tête. Et Thétis n'oublia point les prières de son fils [Akhilleus] ; et, émergeant de l'écume de la mer, elle monta, matinale, à travers le vaste Ouranos, jusqu'à l'Olympos aux cimes nombreuses. Elle s'assit devant lui, embrassa ses genoux de la main gauche, lui toucha le menton de la main droite, et, le suppliant, elle dit au Roi Zeus Kroniôn :
- Zeus Père ! si jamais, entre les Immortels, je t'ai servi, soit par mes paroles, soit par mes actions, exauce ma prière. Honore mon fils [Akhilleus] qui, de tous les vivants, est le plus proche de la mort. Voici que le roi des hommes, Agamemnon, l'a outragé, et qu'il possède sa récompense qu'il lui a enlevée."
Homère, L'Iliade, traduction nouvelle de Leconte de Lisle, Rhapsôdie I, Paris, 1867, p. 16.

"Or quand vint la douzième aurore,
Les dieux qui toujours vivent revinrent sur l'Olympe,
Tous ensemble. Zeus les guidait. Thétis n'oublia pas
Ce qu'avait dit son fils [Achille] ; elle jaillit du flot de la mer,
À l'aube elle monta jusqu'au ciel et à l'Olympe.
Elle trouva le Kronide qui voit loin assis à l'écart des autres
Sur le sommet le plus haut de l'Olympe aux mille têtes.
Elle s'assit face à lui, saisit ses genoux
De la main gauche, et de la droite toucha son menton ;
En suppliante elle dit à Zeus prince Kronide :
« Zeus père, si, parmi les immortels, je t'ai été utile
En parole ou en acte, accorde-moi un vœu ;
Honore mon fils [Achille], dont la vie doit être
Trop brève ; le prince des hommes Agamemnon
L'a offensé ; il est venu prendre sa part et il la garde pour lui.»
Homère, Iliade, traduction nouvelle de Jean-louis Backès, Folio Classique Gallimard, 2013, Chant I, vers 493-507. 
 
Daniel Ternois, Ettore Camesasca, Tout l’œuvre peint d'Ingres, Paris, Flammarion, 1971, pl. XXI et p. 92, n° 67a. INGRES. ROME. 1811, sur la base du trône, en bas à droite. Le sujet est tiré du premier chant de l'Iliade. Ingres y pensait déjà en 1806 comme le prouve une lettre à Forestier du 25 décembre de cette année. La figure du dieu s'inspire probablement d'un Jupiter du Museo Pio-Clementino de Rome ou de celui gravé par Clarac ; la tête est empruntée au Jupiter d'Otricoli (Vatican) ; un paysan posa néanmoins pour le dieu ; le dessin est à Montauban. La figure de Thétis est tirée d'une gravure d'après Flaxman pour l'illustration de l'Iliade. La gigantomachie en bas-relief sur la base du trône est la copie d'un camée hellénistique du musée de Naples dont Ingres possédait un moulage.

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