dimanche 5 avril 2020

Mirbeau, Jaurès et le Rembrandt du musée d’Épinal


Rembrandt, Marie en Mater dolorosa
signé : "Rembrandt f 1661" au milieu à droite - hst 107 x 81 cm
Musée d'Art ancien et contemporain d’Épinal
(photo du musée éclaircie pour faire apparaître la signature)
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"Cet été il [Octave Mirbeau] était à Contrexéville avec Jaurès et un Russe immensément riche. Jaurès très gentil, toujours aussi mal vêtu, mais, dit Mirbeau, il souffre de son inélégance. Le vrai socialiste peut connaître toutes les joies artistiques. Si Jaurès avait su, il aurait appris l'art de choisir ses cravates.
Mirbeau l'a promené en auto. Jaurès aime beaucoup ça. Il l'a emmené voir, à Épinal, un Rembrandt, merveilleux, mon cher ! Et personne ne le connaît ! C'est admirable !" 
Jules Renard, Journal, 23 octobre 1908.
Octave Mirbeau voyageait avec son automobile Charron, immatriculée 628-E8.

"Comme le remarque F. Winkler, sur le personnage de Marie, tous les tons couleur chair appliqués en couche fine ont été nettoyés, si bien que le visage semble maintenant surgir de la pénombre ; au-dessous rayonne la couche épaisse de peinture blanche et grasse qui n'a pas été attaquée. Les mains couleur chocolat semblent être le produit d'une restauration de grands endroits abîmés, le chapelet est sans doute un ajout... Le tableau se trouvait autrefois dans la collection du prince von Salm."
Christian Tümpel, Rembrandt, Paris, Albin Michel, 1986, illustration p. 341 et n° 85 du catalogue.

"Ce tableau demeure un exemple saisissant de la dernière période de Rembrandt. Une hardiesse peu commune dans l'utilisation de la matière, un coloris économe et rigoureux de bruns et d'ocres, témoignent de cet art désormais libéré de toutes les conventions et contraintes, et le visage de la Vierge se détachant dramatiquement sur un vêtement blanc labouré d'ombres peut alors prendre place parmi ses plus bouleversantes créations."
Bernard Huin, Luc Georget, La Collection des Princes de Salm, Musée d'Art ancien et contemporain d'Epinal, catalogue de l'exposition 1er octobre 1993 - 17 janvier 1994, p. 80-81.

"À mesure qu'il vieillit lui-même, il prend conscience  de la vieillesse des autres comme d'un phénomène passionnant. Alors qu'il ne cherchait qu'un élément pittoresque ou de curiosité physique dans les têtes de vieillards qu'il a peintes dans sa jeunesse, le sentiment du vieillissement personnel fait qu'il s'approche avec respect, inquiétude, hésitation, de ces vieux visages chargés de destin. Les vieilles femmes l'intéressent, alors, par le contenu tragique de leur aventure humaine. Il les comprend, à présent, en homme qui sait par l'éprouvement toutes les transformations que l'âge apporte dans l'être. Le portrait dit de la Nonne d’Épinal, avec ses couleurs d'ombres et de lumières, où l'on dirait que la chair se dénoue et se défait, Margaretha Trip et ses mains mortes, la vieille femme de la collection Guggenheim de New York durement fermée sur son secret, révèlent plus encore de leur âme que de leur corps."
Marcel Brion, Rembrandt, Paris, Albin Michel, 1946, p. 287. 

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