lundi 23 mars 2020

le peintre Garnotelle dans "Manette Salomon" des frères Goncourt


Hippolyte Flandrin (1809-1864), Portrait d'Aimée-Caroline Ancelot, épouse du peintre
1846
(photo Musée du Louvre)
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Hippolyte Flandrin, modèle du peintre Garnotelle 
dans Manette Salomon d'Edmond et Jules de Goncourt

"Garnotelle montrait l'exemple de ce que peut, en art, la volonté sans le don, l'effort ingrat, ce courage de la médiocrité : la patience. À force d'application, de persévérance, il était devenu un dessinateur presque savant, le meilleur de tout l'atelier [Langibout]. Mais il n'avait que le dessin exact et pauvre, la ligne sèche, un contour copié, peiné et servile, où rien de vibrait de la liberté, de la personnalité des grands traducteurs de la forme, de ce qui, dans un beau dessin d'Italie, ravit par l'attribution du caractère, l'exagération magistrale, la faite même dans la force ou dans la grâce. Son trait consciencieux, sans grandeur, sans largeur, sans audace, sans émotion, était pour ainsi dire impersonnel. Dans ce dessinateur, le coloriste n'existait pas, l'arrangeur était médiocre, et n'avait que des imaginations de seconde main, empruntées à une douzaine de tableaux connus. Garnotelle était, en un mot, l'homme des qualités négatives, l'élève sans vice d'originalité, auquel une sagesse native de coloris, le respect de la tradition de l'école, un précoce archaïsme académique, une maturité vieillotte, semblaient assurer et promettre le prix de Rome."
"Au milieu de toutes ces, des attaques des journaux, de la dureté des feuilletons, Coriolis tombait presque journellement sur l'éloge de Garnotelle. Il y avait pour son ancien camarade un concert de louanges, un effort d'admiration, une conspiration de bienveillance, d'aménités, de phrases agréables, de douces épithètes, de restrictions respectueuses, d'observations enveloppées. Presque toute la critique, avec un ensemble qui étonnait Coriolis, célébrait ce talent honnête de Garnotelle. On le louait avec des mots qui rendent justice à un caractère. On semblait vouloir reconnaître dans sa façon de peindre la beauté de son âme... On inventait la flatterie des épithètes morales pour sa peinture : on disait qu'elle était loyale et véridique, qu'elle avait la sérénité des intentions du faire... Un critique même, entraîné par l'enthousiasme, (...) déclarait ne plus voir de salut pour l'Art contemporain  que dans le dessin de Garnotelle, le seul artiste de L'Exposition [de 1852] digne de s'adresser, capable de parler aux esprits et aux intelligences d'élite."
"Mais les portraits de les plus applaudis de Garnotelle étaient ses portraits de femmes : minutieuses et laborieuses copies de traits et de plis de robes, images patientes de dames sérieuses et roides, dans des intérieurs maigres. Réunis, ils auraient fait douter de la grâce, de l'animation, de l'esprit qu'a toute la personne de la Parisienne du XIXe siècle."
Edmond et Jules de Goncourt, Manette Salomon, Folio Classique Gallimard, 1996, p. 146, 248-249 et 251.

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