La
question de la laïcité face à la montée de l'islamisme divise davantage le
monde politique que les Français. L'enquête approfondie effectuée par l'Ifop
pour le JDD révèle un net durcissement de l'opinion face à
toutes les manifestations religieuses dans l'espace public et confirme une
focalisation particulière envers la religion musulmane. À Emmanuel Macron, qui
assurait jeudi que le port du voile hors des enceintes scolaires n'était
"pas [son] affaire", les citoyens répondent en quelque sorte que
c'est la leur.
De
fait, si la lutte contre l'islamisme et la défense de la laïcité arrivent loin
derrière la santé et le chômage parmi leurs priorités, les Français expriment à
la fois inquiétude et sévérité sur ces sujets. Pour 78% d'entre eux, le modèle
français issu de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'État
"est en danger" (+4 par rapport à une précédente étude en mars) –
majorité écrasante qui se mesure dans toutes les catégories sociales, toutes
les générations et tous les camps politiques (91% chez les sympathisants du RN,
85% à droite, 79% à LREM, 68% à LFI, 64% au PS). En outre, 80% considèrent que
la question de la laïcité "se pose différemment s'agissant de la religion
musulmane" et 61% jugent même l'islam "incompatible avec les valeurs
de la société française" (+8 par rapport à février 2018).
Dans
le même temps, "la définition de la laïcité semble en pleine
mutation", relève Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Là
où, en 2005, prévalait l'égalité entre les religions (32%) et la liberté de
conscience (28%), ce sont désormais la séparation des cultes et de la politique
(27 %) ainsi que la volonté de "faire reculer l'influence des
religions" (26 %, + 17 par rapport à 2005) qui prédominent.
Conséquence
de cette évolution : les sondés se déclarent favorables à de multiples
prohibitions pour cantonner les signes religieux en dehors de l'espace public.
Répondant à la polémique récente au conseil régional de
Bourgogne-Franche-Comté, une large majorité (73 %) souhaite l'interdiction de
tout signe ostensible pour les parents accompagnant des sorties scolaires, mais
aussi pour les usagers des services publics (75 %) et les salariés des
entreprises privées (72 %), alors que la loi ne le proscrit actuellement
que pour les agents publics.
Le
Journal du Dimanche 27 octobre 2019
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire