dimanche 30 juin 2019

l'église saccagée dans "Mécaniques du chaos" de Daniel Rondeau

"Par curiosité, il se rend à l'église de son village. La porte principale est ouverte, les battants claquent. En entrant, il est frappé par le vide et par l'odeur. Les chaises et les bancs ont disparu. Les saints ont été tirés de leur niche. La statue de Jeanne d'Arc en plâtre, dont les bras tendus accueillaient les fidèles, a été renversée, elle a perdu sa tête et son étendard. Diverses immondices, les restes d'un foyer, un vieux matelas et des bouteilles vides témoignent que des occupants sans titre ont trouvé abri dans l'une des chapelles latérales. Des chandeliers sur pied ont été mis en pièce, des croix murales démontées et sans doute vendues. En apercevant dans la nef des emblèmes religieux martelés pendant la Révolution, il se dit que son époque est peut-être plus terrible que celle des hommes de 1789. Derrière l'autel, le tabernacle a été fracturé. Il est vide. Le vent siffle dans les vitraux cassés, l'église semble gémir. Il est abasourdi par l'abandon de ce sanctuaire qu'il avait connu chaque dimanche animé par les chants des bénédictins en rochet, venus d'un couvent voisin, et où flottait en permanence une odeur d'encens. La mort le rattrape. Il se sent fatigué, tendu. Il n'a pas l'impression d'avoir perdu simplement son père, cet être cher, soudain trop loin, mais le pays de son enfance."
Daniel Rondeau, Mécaniques du chaos, Le Livre de Poche, 2019, p. 176.

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