dimanche 28 février 2016

Tiburce fit les rêves les plus blonds du monde


Madeleine
-
"Lorsque les volets de la Descente de croix s'entrouvrirent, Tiburce éprouva un éblouissement vertigineux, comme s'il eût regardé dans un  gouffre de lumière ; la tête sublime de la Madeleine flamboyait victorieusement dans un océan d'or, et semblait illuminer de ses rayons l'atmosphère grise et blafarde tamisée par les étroites fenêtres gothiques.
La vue de cette figure fut pour Tiburce une révélation d'en haut ; des écailles tombèrent de ses yeux, il se trouvait face à face avec son rêve secret, avec son espérance inavouée : l'image insaisissable qu'il avait poursuivie de toute l'ardeur d'une imagination amoureuse, et dont il n'avait pu apercevoir que le profil ou un dernier pli de robe, aussitôt disparu ; la chimère capricieuse et farouche, toujours prête à déployer ses ailes inquiètes, était là devant lui, ne fuyant plus, immobile dans la gloire de sa beauté.
A l'aide de fortes lorgnettes, notre amoureux scrutait sa beauté jusque dans les touches les plus imperceptibles. Il admirait la finesse du grain, la solidité et la souplesse de la pâte, l'énergie du pinceau, la vigueur du dessin, comme un autre admire le velouté de la peau, la blancheur et la belle coloration d'une maîtresse vivante : sous prétexte d'examiner le travail de plus près, il obtint une échelle de son ami le bedeau, et, tout frémissant d'amour, il osa porter une main téméraire sur l'épaule de la Madeleine."
Théophile Gautier,  La Toison d'or. Romans et nouvelles, Lausanne, L'Âge d'Homme, 1977, p. 148.
N.B. Cette Madeleine de Rubens est celle du tableau de la Transfiguration du Musée des Beaux-Arts de Nancy, et non celle de la Descente de croix de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.

Sur Rubens : 
- Frans Baudoin, Pietro Pauolo Rubens, Paris, Albin Michel, 1977. 
- Philippe Muray, La Gloire de Rubens, Grasset, 1991. Pour comprendre et aimer Rubens.

Aucun commentaire: