jeudi 3 septembre 2015

Maurice Barrès et Victor Hugo

Comme complément au livre de Judith Perrignon, Victor Hugo vient de mourir, Éditions L’Iconoclaste, paru le 26 août, j’ai relu dans Les Déracinés de Maurice Barrès ses magnifiques pages sur les funérailles nationales de Victor Hugo auxquelles il a assistées. Maurice Barrès avait une grande admiration pour Victor Hugo, le poète national, le maître des mots français.
« Ce contemplateur nous enseigne qu’il n’y a pas que le clair, le certain, le fixe, l’isolé : il nous restitue le mystère, le changement, la solidarité de tout être et de toutes choses. On se refuse à le suivre si, en l’écoutant, on songe qu’il est un contemporain, avec toutes les infirmités d’un homme sur qui nous renseignent  des journalistes malicieux et capables d’interprétations basses ; mais si, par l’imagination, on lui prête du recul, si l’on veut bien l’entendre comme un prophète de jadis, il y a un immense profit à obtenir de son œuvre. Et l’on a raison d’écouter sa voix comme une voix primitive. Les mots, tels que savait les disposer son prodigieux génie verbal, rendent sensibles d’innombrables fils secrets qui relient chacun de nous avec la nature entière. »
« De l’Étoile au Panthéon, Victor Hugo, escorté par tous, s’avance. De l’orgueil de la France il va au cœur de la France. C’est le génie de notre race qui se refoule en elle-même : après qu’il s’est répandu dans le monde, il revient à son centre ; il va s’ajouter à la masse qui constitue notre tradition. De l’Arc où le Poète fut l’hôte de César, nous l’accompagnons à l’Arche insubmersible où toutes les sortes de mérite se transforment en pensée pour devenir un nouvel excitant de l’énergie française.
Hugo gît désormais sur l’Ararat du classicisme national. Il exhausse ce refuge. Il devient un des éléments de la montagne sainte qui nous donnerait le salut, alors même que les parties basses de notre territoire ou de notre esprit seraient envahies par les Barbares. Appliquons-nous à considérer chaque jour la patrie dans les réserves de ses forces, et facilitons-lui de les déployer. Songeons que toute grandeur de la France est due à ces hommes qui sont ensevelis dans sa terre. Rendons-leur un culte qui nous augmentera. »
Maurice Barrès, Les Déracinés, Romans et Voyages, tome I, Robert Laffont, collection Bouquins, 2014, p. 729 et 736-737.

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