Comme complément au livre de
Judith Perrignon, Victor Hugo vient de
mourir, Éditions L’Iconoclaste, paru le 26 août, j’ai relu dans Les Déracinés de Maurice Barrès ses
magnifiques pages sur les funérailles nationales de Victor Hugo auxquelles il a
assistées. Maurice Barrès avait une grande admiration pour Victor Hugo, le poète
national, le maître des mots français.
« Ce contemplateur nous
enseigne qu’il n’y a pas que le clair, le certain, le fixe, l’isolé : il
nous restitue le mystère, le changement, la solidarité de tout être et de
toutes choses. On se refuse à le suivre si, en l’écoutant, on songe qu’il est
un contemporain, avec toutes les infirmités d’un homme sur qui nous
renseignent des journalistes malicieux
et capables d’interprétations basses ; mais si, par l’imagination, on lui
prête du recul, si l’on veut bien l’entendre comme un prophète de jadis, il y a
un immense profit à obtenir de son œuvre. Et l’on a raison d’écouter sa voix
comme une voix primitive. Les mots, tels que savait les disposer son prodigieux
génie verbal, rendent sensibles d’innombrables fils secrets qui relient chacun
de nous avec la nature entière. »
« De l’Étoile au Panthéon,
Victor Hugo, escorté par tous, s’avance. De l’orgueil de la France il va au
cœur de la France. C’est le génie de notre race qui se refoule en
elle-même : après qu’il s’est répandu dans le monde, il revient à son
centre ; il va s’ajouter à la masse qui constitue notre tradition. De
l’Arc où le Poète fut l’hôte de César, nous l’accompagnons à l’Arche
insubmersible où toutes les sortes de mérite se transforment en pensée pour
devenir un nouvel excitant de l’énergie française.
Hugo gît désormais sur l’Ararat
du classicisme national. Il exhausse ce refuge. Il devient un des éléments de
la montagne sainte qui nous donnerait le salut, alors même que les parties
basses de notre territoire ou de notre esprit seraient envahies par les
Barbares. Appliquons-nous à considérer chaque jour la patrie dans les réserves
de ses forces, et facilitons-lui de les déployer. Songeons que toute grandeur
de la France est due à ces hommes qui sont ensevelis dans sa terre.
Rendons-leur un culte qui nous augmentera. »
Maurice Barrès, Les Déracinés, Romans et Voyages, tome I, Robert Laffont, collection Bouquins,
2014, p. 729 et 736-737.
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