samedi 21 mars 2026

Rodolphe II en Vertumne et Sylvie Germain


Arcimboldo, Vertumne (Rodolphe II déguisé en Vertumne), 1590
tableau conservé au château de Skoloster, Habo, Suède
© Wikimedia Sverige

"L'hiver est là. Les cloches du couvent des Capucins tapi près du château sonnent dans l'air glacé, scandent le temps inexorable de la partance, et le tourmentent.
Le regard de Rodolphe [Rodolphe II de Habsbourg, empereur, fils de Maximilien II, neveu de Philippe II d'Espagne] se pose sur un compotier en agate rehaussé d'or et d'émaux, empli de fruits cueillis dans les serres royales. Dans la pénombre de la chambre ce compotier se fait le reflet troublant du portrait qu'Arcimboldo a peint de lui : Rodolphe en Vertumne. Un monstrueux assemblage de fruits, de fleurs et de légumes.
Vertumne, divinité des saisons, de l'abondance, de la prodigalité, de l'harmonie. Rodolphe le fut au plus haut degré ; il fut un fabuleux mécène. Et l'harmonie, il l'a désirée, cherchant toujours à rétablir l'entente entre ses peuples, à réconcilier protestants et catholiques. Mais les hommes, si peu soucieux des espaces inconnus cachés en eux, ont préféré s'arrimer à leurs minuscules champs d'idées fixes, s'enliser dans les marécages de leurs croyances et de leurs préjugés, et se nourrir de haine les uns envers les autres, s'entr'égorgeant au nom d'un Dieu qu'ils calomniaient  et trahissaient par leurs crimes et par leur cruauté."
Sylvie Germain, Céphalophores, Gallimard, 1997, p. 149-150.

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