"Le 18 [décembre 1650], la nouvelle arriva que M. le maréchal du Plessis [commandant les troupes royales] avait gagné une grande bataille contre M. de Turenne ; que le dernier qui venait au secours de Rethel et qui l'avait déjà rendu au maréchal du Plessis par Liponti, qui y commandait la garnison espagnole, s'étant voulu retirer, avait été forcé de combattre dans la plaine de Sompuis ; qu'il s'était sauvé à toute peine, lui cinquième, , après y avoir fait des merveilles ; qu'il y avait perdu plus de deux mille hommes tués sur la place, du nombre desquels était un des frères de l'électeur Palatin, et six colonels ; et près de quatre mille prisonniers, entre lesquels étaient dom Stevan de Gamarre, la seconde personne de l'armée ; Boutteville, qui est aujourd'hui M. de Luxembourg, le comte de Bossut, le comte de Quintin, Haucour, Serisi, le chevalier de Jairzé et tous les colonels. L'on ajoutait que l'on avait pris vingt drapeaux et quatre-vingt-quatre étendards . Vous ne doutez pas de la consternation du parti des Princes [parti anti Mazarin], mais vous ne pouvez pas figurer. Je n'eus toute la nuit chez moi que des pleureux et des désespérés ; je trouvai Monsieur atterré."
Mémoires du Cardinal de Retz, Bibliothèque de la Pléiade, 1956, p. 417.
"Après un bref séjour de deux semaines à Paris, Mazarin part pour l'armée le 1er décembre [1650]... Il emporte avec lui de l'argent, destiné à la solde des troupes [royales], et des justaucorps pour garantir les soldats du froid... Le 9 décembre, le maréchal Du Plessis-Praslin met le siège devant Rethel. Le 14, le gouverneur de la place, Giovanni Degli Ponti, officier italien ayant le grade de maréchal de camp dans l'armée espagnole, capitule malgré l'approche de Turenne qui vient le secourir. L'or de Mazarin n'aurait pas été étranger à sa reddition.
La ville une fois conquise, le conseil de guerre s'assemble et le ministre, approuvé par le maréchal et ses officiers, décide de livrer bataille à l'ennemi qui n'est plus très éloigné. Une force de 7 000 fantassins et de 5 000 cavaliers, munie seulement de deux canons s'ébranle à la rencontre de Turenne. Celui-ci dispose de 4 000 fantassins et de 8 000 cavaliers ; son armée se compose de ses propres régiments [trois régiments d'infanterie française (dont le sien, Turenne-infanterie) et de cinq régiments de cavalerie allemande], de troupes espagnoles sous le commandement de don Esteban de Gamarre, de troupes lorraines et de partisans des princes.
L'affrontement se déroule le 15 décembre, au sud-ouest de Vouziers, entre les villages de Sommepy (Marne) et de Semide (Ardennes) [...] Le maréchal Du Plessis remporte une victoire éclatante sur Turenne qui, son cheval blessé, manque d'être pris. L'armée royale s'empare de vingt drapeaux et de 84 étendards. Don Esteban de Gamarre, Bouteville et ceux des colonels qui n'ont pas été tués sont faits prisonniers. Parmi les morts de la journée figurent le prince Philippe de Bavière, âgé de 23 ans, beau-frère de la frondeuse Anne de Gonzague [la Palatine], tombé à la tête de son régiment et, chez les royaux, le comte Du Plessis, fils aîné du maréchal."
Michel Pernot, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, 1994, p. 189-190.
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