Pour faire suite à l'émission d'Alain Finkielkraut de ce jour sur France Culture à propos de Baltasar Gracian éducateur.
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Maximes pour la bonne conduite de la vie
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Modérer son imagination.
Savoir se modérer dans la bonne fortune.
Entrer sous le voile de l'intérêt d'autrui, pour rencontrer après le sien.
N'être point de verre dans le commerce du monde, encore moins dans l'amitié.
Se retenir de parler, c'est le sceau de la capacité.
Ne point mentir, mais ne point dire toutes les vérités.
Ne jamais laisser voir les choses, qu'elles ne soient achevées.
Ne jamais faire réparation à ceux qui n'en demandent point.
Faire peu de bien à la fois, mais souvent.
Connaître à fond le caractère de ceux avec qui l'on traite.
Se servir de l'expédient de l'absence, pour se faire respecter ou estimer.
Ne pas se perdre avec autrui .
N'agir jamais durant la passion.
Fuir les engagements.
Savoir oublier.
Avoir l'oeil sur celui qui joue de seconde intention.
N'attendre pas qu'on soit soleil couchant.
Ne se point ouvrir, ni déclarer.
Trouver le faible de chacun.
Connaître les gens heureux pour s'en servir, et les malheureux pour s'en écarter.
Savoir se soustraire.
Savoir refuser.
L'art de laisser aller les choses, surtout quand la mer est orageuse.
L'art de se contenir.
Se couvrir de la peau du renard, quand on ne peut se servir de celle du lion.
N'être pas trop fin.
Se tenir toujours prêt à parer les coups des rustiques, des opiniâtres, des présomptueux, et de tous les autres impertinents.
Chercher quelqu'un qui aide à porter le faix de l'adversité.
Ne jamais raffiner, ni sur le bien, ni sur le mal.
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Joseph de Courbeville a fait en 1730 une nouvelle traduction des maximes du jésuite espagnol Baltasar Gracian, après avoir critiqué celle d'Amelot de la Houssaye, cette dernière parue récemment en Folio classique Gallimard sous le titre L'Homme de cour avec une importante préface de Marc Fumaroli.
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Maxime n° 287 / 300
N'agir jamais dans la passion ;
autrement tous nos pas seront des écarts.
Un homme qui est hors de lui, ne peut plus agir par lui-même : la passion bannit toujours la raison : alors il faut avoir comme un substitut sage et prudent ; et il le sera s'il est actuellement sans passion. Ceux qui ne font que regarder jouer, voient plus que les joueurs ; parce qu'ils ne se passionnent point. Dès qu'on se sent ému, c'est un avertissement à la raison pour nous retenir ; de crainte que la bile ne s'allume tout à fait : car alors elle s'exhalerait sur tout ; et ensuite il faudrait payer quelques moments de colère par une grande confusion de soi-même, et par les justes plaintes des autres.
(traduction de Joseph de Courbeville)